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Critique de la Bande Dessinée : Body World
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Critique de la Bande Dessinée : Body World

Avis critique rédigé par Nicolas W. le dimanche 30 janvier 2011 à 2235

Drogues, amour et E.T

L'éditeur n'ayant pas permis la mise en ligne de planches de ce comic, cette critique ne sera pas illustrée.

"J'écris une encyclopédie sur les effets hallucinogènes de la flore nord-américaine. Enfin, c'est la troisième édition. Je vais pas me vanter. Je la mets à jour chaque fois qu'on découvre une nouvelle plante. L'auteur de la première édition est mort. Toxicomanie. Elle fait douze volumes. Vous avez vu la pub dans le magazine du fumeur de pétards ?"

Découvert par l'imposant Bottomless Belly Button - c'est le moins que l'on puisse dire d'un pavé de sept cent vingt pages -, le jeune américain Dash Shaw a largement convaincu le public français avec quelque dix mille exemplaires vendus. Pour son dernier-né intitulé Body World, ce sont les éditions Dargaud qui assurent sa diffusion. Originellement paru sur le web, ce comic indépendant bénéficie d'un écrin magnifique avec présentation verticale et fourreau. S'il n'y a rien à redire sur les qualités du livre-objet, penchons-nous à présent sur le sujet de ces trois cent quatre-vingt quatre pages.

Paulie Panther arrive à Boney Borough directement de New York par monorail. Il doit y rencontrer Jem Jewel, une prof de lycée. Son travail est simple : analyser une plante locale encore inconnue. En fait, Paulie n'est pas un expert comme les autres puisque son domaine, c'est la drogue et toutes sortes d'hallucinogènes. En bon professionnel, il se fait un devoir de fumer ses découvertes pour en éprouver les effets sur le corps humain. Dit plus crûment, Paulie Panther est un junkie. Dans cette petite ville expérimentale de l'année 2060 - créée pour être en contact avec la nature et non le béton des grandes villes -, il va découvrir l'amour et la souffrance en croisant le destin de Billy-Bob Borg et Pearl Peach, deux étudiants qui se cherchent. Ce que notre homme s'attend moins à trouver, c'est une invasion extraterrestre....

Dit ainsi, le nouveau bébé de Dash Shaw apparait comme un poil foutraque. Pourtant, tout s'imbrique parfaitement pour donner un comic original et palpitant à la croisée d'un Kaboom, d'un American Beauty et de L'invasion des profanateurs de sépultures. Dans cet opus, le récit tourne autour du personnage de Paulie Panther. Parfait antihéros, notre expert en drogues a bien du mal à se lier avec quelque personne que ce soit, surtout depuis qu'il est tombé dans l'addiction aux substances hallucinogènes. De ce fait, sa vie sentimentale apparait comme une vaste succession d'échecs. Au fil des pages, Dash Shaw nous rend ce looser plus humain, plus sensible en jouant sur son sens de l'humour, son passé peu glorieux et son incorrigible propension à partager son vice favori. Véritable électron libre dans ce monde aseptisé représenté par la petite bourgade de Boney Borough, il finit par tout bouleverser tout en apportant une bonne dose d'ironie. En résumé, il s'affirme rapidement comme une totale réussite. Il ne s'agit pas ici  juste d'un prétexte pour disserter sur la drogue. Celle-ci occupe un autre des aspects du comic, peut-être le plus crucial. D'une part parce qu'elle sera le cœur de l'intrigue avec cette plante au don improbable, mais aussi parce que Dash Shaw en fait un de ses principaux thèmes de réflexion. Le végétal qui pousse dans la forêt autour du lycée se révèle rapidement hors du commun. En le fumant, il est possible d'interchanger son esprit avec un tiers en éprouvant ce qu'il éprouve, en ressentant ce qu'il ressent ou en revivant ce qu'il a déjà vécu. En fait, elle permet d'unifier les individus par leur psyché. Au-delà de son rôle dans l'histoire elle-même, cette propriété met en évidence à la fois le rôle libérateur de cette véritable "échappée de l'esprit" mais aussi ses dangers sur l'individu. Ce n'est pas un hasard si cette plante provoque la fusion, Dash Shaw pointe du doigt la lobotomisation des masses par les addictions en tout genre et les dangers encourus se voient illustrés par la déchéance progressive et toujours plus extrême de Paulie Panther.

Cependant, Shaw critique également le monde du sport par l'intermédiaire de Billy Borg, joueur d'une discipline futuriste, le déball. Le lecteur assiste à ses déboires face à sa dépendance vis-à-vis de la colle-a-dé utilisée pendant les matchs. Elément qui renvoie directement au dopage actuel. D'un autre côté, le jeune adolescent entre en jeu dans un des thèmes majeurs du comic, celui de la découverte de l'autre et de l'amour. Successivement amoureux de Pearl Peach puis de Jem Jewel - à l'instar de Paulie Panther, lui aussi épris d'abord de la seconde puis de la première -, il arpente les difficiles chemins de l'âge adulte. Cette problématique difficile qu'est celle de comprendre autrui et d'arriver à se trouver sur la même longueur d'onde rejoint le principal enjeu du récit, avec les propriétés de la plante extraterrestre. On comprend mieux dès lors l'étonnant postulat du comic. Dash Shaw ne se contente pas d'ailleurs d'explorer les émois adolescents mais également celui de personnages plus matures comme la prof Jem Jewel. Coincée dans un lycée où elle a passé toute sa scolarité autant que dans un corps vieilli qu'elle ne reconnait plus, elle offre une autre perspective plus adulte et plus émouvante encore. Non content de livrer une réflexion sur l'acte d'aimer, sur le passage à l'âge adulte et sur la drogue tout en adoptant un ton caustique et décalé, Dash Shaw effectue un virage à quatre-vingt-dix degrés en inscrivant la dernière partie de son aventure dans une science-fiction décomplexée, où la Terre pourrait bien tomber sous le joug d'une autre civilisation. Toujours dans un souci de cohérence, il n'est pas étonnant de voir la drogue s'affirmer comme un moyen de cet asservissement mental ni de retrouver notre asocial Paulie Panther dans l'espace, un environnement qui semble bien plus approprié à sa personnalité hors norme. Reste que les conditions de ce voyage ont de quoi faire sourire le lecteur.

Pour appuyer les péripéties échevelées de ses personnages, Dash Shaw adopte également le rôle de dessinateur. A l'instar de son récit, son style graphique détonne. Grâce à des techniques de superpositions, un maelstrom de couleurs et de multiples bonus (la carte de la ville, une notice sur le Déball ou encore un plan de l'école), l'américain construit un univers tout à fait particulier. Le résultat entraîne le lecteur dans un monde psychédélique et sidérant, un trip expérimental sous acide qui divisera à coup sûr mais qui a le mérite certain de se démarquer des standards actuels. On reconnaîtra au gré des planches des hommages à plusieurs autres artistes tels que Dave Gibbons ou David Llyod. A force de collages et de transformations de ses personnages, il inclut le lecteur dans la plongée hallucinatoire de Paulie Panther : les individualités se confondent, les couleurs se mélangent.... et l'esprit s'égare souvent à l'occasion de certains trips. Pour tout dire, et même s'il est difficile de clamer que Dash Shaw s'impose comme un petit prodige, l'originalité de son trait et son audace stylistique font de lui un dessinateur tout à fait recommandable.

"Ce que je veux dire, c'est que j'étais seul. Et du coup la plante ne m'a rien fait. Peut-être qu'il y avait  quelqu'un à côté, mais la plante ne voit pas à travers les murs. Je sais pas très bien comment ça marche. Pas du tout même."

Remerciements à Amandine V. pour la relecture.

La conclusion de

Finalement, le plus gros défaut de ce Body World s'avère son essence elle-même. Ton décalé et sujet improbable, mariage de genres et de thèmes dans un graphisme audacieux, l'œuvre ne convaincra pas tout le monde, loin s'en faut. Ceux qui tenteront l'expérience jusqu'au bout risquent néanmoins de devenir accros. Vous voilà prévenus.

Que faut-il en retenir ?

  • Le style graphique
  • L'audace de Shaw
  • Les thèmes abordés
  • Le personnage principal
  • L'entrelacement des intrigues
  • L'humour

Que faut-il oublier ?

  • Un trait particulier
  • Pas forcément facile à aborder

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