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Critique du Film : Gainsbourg - vie héroïque
Gainsbourg - vie héroïque >

Critique du Film : Gainsbourg - vie héroïque

Avis critique rédigé par Vincent L. le jeudi 23 décembre 2010 à 1023

un exercice de style partiellement réussi...

De tous les genres cinématographiques, le biopic - contraction de l'anglais biographical picture - est probablement l'un des moins intéressant qui soit. En effet, presque tous les biopics jusqu'ici mis en chantier, et ce quelque soit le pays, se sont avérés être des spectacles au mieux moyennement passionnant - lorsque l'on s'intéresse à la personnalité dont on évoque la vie - au pire d'un ennui souvent soporifique. Il n'existe qu'une seule exception à cette règle, le très particulier I'm not there, de Todd Haynes, qui proposait quelque chose de radicalement différent : six acteurs, représentant chacun un trait de la personnalité de Bob Dylan, mis en scène dans des sketches sans aucun rapport avec la vie du chanteur ; en brisant tous les codes du biopic - mimétisme entre l'acteur et la personnalité racontée, fiabilité historique minutieusement respectée - Haynes était parvenu à créer un film possédant une vraie valeur artistique. Passé son long-métrage, les autres films du genre n'ont été, au mieux, que des téléfilms luxieux.

C'est pour cela qu'au départ, le projet de biopic sur la vie de Serge Gainsbourg n'avait pas grand intérêt (en tout cas pas plus qu'un film comme La môme). Si l'on pouvait tout de même trouver étonnant de voir à la réalisation un artiste tout droit issu de l'univers de la bande-dessinée, cela ne signifiait pourtant pas que le film allait s'orienter vers des sentiers différents de ceux pris par ses homologues au combien très rentables au box-office. Et pourtant, l'optique de travail de Joann Sfar a été de mettre en scène cette biographie à la manière d'un conte, en reprenant certains codes du genre - mimétisme de l'acteur principal, chansons de Gainsbourg - tout en tissant, autour des évènements forts et des rencontres marquantes, des univers oniriques et poétiques, et en insufflant de vrais éléments fantastiques au coeur d'une histoire ultra-balisée (car connue de tous). Gainsbourg (vie héroïque) est donc, au final, construit comme un vrai conte, le mot n'étant pas seulement une terminologie destinée à la promotion commerciale du film.

Transformer en film fantastique le biopic d'une personnalité dont de très nombreux éléments de vie sont connus du public - et en particulier toute la frange auquel s'adresse ce film - voilà qui s'appelle un parti pris audacieux, Avec son conte bourré de poésie, parsemé de séquences oniriques et fantastiques, et ancré dans un univers visuel très fort qui s'éloigne parfois considérablement de la réalité, Gainsbourg (vie Héroïque) propose quelque chose de foncièrement original. Issu du monde la bande dessinée, Joann Sfar parvient à créer un film qui soit un mélange des deux médias, la représentation la plus parlante de ce procédé - mais pas la seule - étant la personnification de "La Gueule", un Gainsbourg caricatural faisant office de mauvais génie. On n'apprend finalement pas grand chose de concret sur la vie de Gainsbourg - et ce d'autant que cette vie est fantasmée par le réalisateur - mais qu'importe, le talent de Joann Sfar parvient à transcender le genre pour proposer quelque chose de nouveau et d'original.

Et puis, arrivé à la moitié du film, le long-métrage commence à s'effondrer, et Gainsbourg (vie héroïque) se met à ressembler petit à petit à un vrai biopic. On peut situer le point de rupture au moment de la rencontre avec Jane Birkin (voire peut-être un peu avant, avec Brigitte Bardot). Si les aspects oniriques et fantastiques sont encore présents, via la grésence unique de La Gueule, le ton du long métrage devient plus terre à terre, nettement moins magique. En effet, si Sfar avait réussi à magnifiquement capter la magie du Gainbourg jeune, dynamique et poétique, il ne parvient pas à retranscrire sa lente autodestruction, et ne souhaite visiblement pas le rendre antipathique aux yeux du grand public. Le chanteur est alors sorti de l'intimité pour des reconstitutions d'évènements publics archi-connus, et les diverses séquences souffrent d'un manque réel d'émotion (l'histoire d'amour Gainsbourg/Birkin est d'une platitude incroyable). Sur son long épilogue, le film est ainsi finalement redevenu un biopic très ennuyeux.

Ce qui est réellement étrange avec cette coupure, c'est que cela se remarque à d'autres niveaux, notamment dans le choix du casting. La première partie met ainsi en scène des comédiens qui ne ressemblent pas du tout à leurs alter-ego réels (Sara Forestier en France Gall ou Philippe Katerine en Boris Vian, c'est complètement délirant !), ou qui sont des versions fantasmées et idéalisées des vrais personnages (notamment les Frères Jacques) ; en témoigne ainsi la séquence avec Juliette Greco, seule actrice de la première partie à ressembler à son personnage, où le héros est accueilli par un chat qui parle, et où la chanteuse danse tour à tour avec Gainsbourg et Sa Gueule. La seconde partie, quant à elle, joue au maximum la carte de la ressemblance et du mimétisme (Laetitia Casta en Brigitte Bardot, Lucy Gordon en Jane Birkin) pour y faire prévaloir la réalité historique et l'exactitude des faits, choses finalement bien peu intéressantes au regard de la magie cinématographique développée au début.

Malgré cela, pour sa première expérience cinématographique, Joann Sfar livre un produit tout de même convaincant, réussissant, en mariant l'univers de ses bande-dessinées avec le genre ultra-codifié du biopic, à créer une oeuvre intéressante. Que ce soit dans ses partis pris artistiques, l'utilisation des décors et des effets spéciaux, l'excellente utilisation des chansons de Gainsbourg, ses plans de caméras ou sa direction d'acteur (Eric Elmosnino est habité par son personnage, et sa performance est éclatante, au delà des prothèses nécessaires à la ressemblance physique), Sfar s'impose comme un cinéaste à suivre, qui a visiblement encore beaucoup à dire au cinéma avant d'épuiser sa créativité. Si Gainsbourg (vie héroïque) n'est finalement qu'un demi bon-film, il parvient pourtant à trancender le postulat de départ pour réussir à se placer directement derrière le long-métrage de Todd Haynes, dans la catégorie des biopics ayant quelque chose à raconter ; pour un premier film, avouons que c'est déjà pas mal.

La conclusion de

Pendant plus de la moitié de son film, Joann Sfar a brillamment réussi son excercice de style, et est parvenu à faire de la vie de Serge Gainsbourg un véritable conte parsemé de superbes fulgurances poétiques. Et puis, petit à petit, les choses se désagrègent dans la seconde partie, jusqu'à devenir fades et complètement insipides dans les dernières scènes du long-métrage. Si le résultat pris dans sa globalité est donc franchement mitigé, il faut cependant reconnaître à Sfar une véritable habileté pour marier cinéma et bande-dessinée, et ainsi donner un intérêt artistitique à l'un des genres cinématographiqes les plus inintéressants qui soit : le biopic.

Que faut-il en retenir ?

  • Un exercice de style réussi,
  • Une première partie passionnante,
  • Un biopic qui sait s'éloigner de la réalité,
  • Eric Elmostino, habité par son personnage.

Que faut-il oublier ?

  • Une seconde partie très décevante,
  • Un casting pas toujours transcendant,
  • Manque d'émotion dans la seconde partie,
  • Reste un biopic, donc d'un intérêt limité.

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