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Critique du Roman : Les Enfers virtuels
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Critique du Roman : Les Enfers virtuels

Avis critique rédigé par Manu B. le mercredi 15 décembre 2010 à 1421

L'usage des armes virtuelles (import)

Sur le plan des civilisations très évoluées, certaines sur le point de se sublimer, une guerre fait rage depuis des décennies. Mais les sociétés en questions sont civilisées, la guerre ne se déroule que dans un univers virtuel. Le litige repose sur le droit ou non d'avoir un espace lui aussi virtuel dans lequel les morts dans le réel peuvent ou non télécharger leur personnalité. Cet espace virtuel est appelé Enfer et le rôle que ces gens jouent dépend entièrement de leur vie passée dans le réel. C'est l'équivalent de l'Enfer religieux mais dans un environnement numérique. Evidemment, l'Enfer est pavé de bonnes intentions mais les démons qui le peuplent fourmillent d'idées pour faire souffrir les âmes même virtuelles pendant des millénaires.
Sur la planète Sichult, Joiler Veppers est l'homme le plus riche et le puissant du monde. Sa puissance s'étend jusqu'au Sichultian Enablement, grâce à une fortune héritée de parents déjà riches, et aussi grâce à son sens des affaires, en particulier dans les réalités virtuelles. Il possède notamment une partie de l'Enfer.
Il est si riche qu'il possède en toute impunité un harem et en particulier la jeune fille Lededje Y'Breq, une Intagliate, qui a la particularité d'être tatouée sur la totalité du corps jusqu'au niveau atomique. Ce tatouage fractal artificiel a été implanté dès la conception de l'enfant qui sert pour Veppers de bête de foire qu'il exhibe lors de ses réceptions.
Dans l'Enfer, Prin et Chay, partisans de l'Anti-Enfer, ont réussi à s'infiltrer en dépit des protocoles de sécurité, pour notamment témoigner de la barbarie avec laquelle les résidents de cet Enfer virtuel sont traités.
Le major Vatueil est le responsable des opérations de l'Anti-Enfer dans la guerre virtuelle qui se joue entre les puissantes civilisations.
Yime Nsokyi est membre de Quietus, une branche indépendante des Circonstances Spéciales de la Culture qui a pour but de s'occuper des morts qu'ils soient dans le Réel ou le Virtuel. Elle est appelée pour rencontrer une jeune femme Sichultiane qui a soudain fait son apparition dans les bases de données du vaisseau le Sense Amid Madness, Wit Amidst Folly grâce à un lacet neural.
Tout commence donc par un meurtre...

Le Sens du vent est le dernier roman de la Culture qui a vraiment fait l'unanimité parmi les critiques. Pour le dernier, Trames, la réception a été plus mitigée. C'est vrai que le roman comportait quelques longueurs, qu'il était plus ou moins linéaire et que le concept de mondes stratifiés n'a pas plu à tout le monde. Et pourtant, il surclassait de loin une grande partie de la production SF du moment. On n'est jamais content quand on lit du Banks. On ne lui passe pas la possibilité d'être moyen ou même seulement bon.
Avec Surface details, dont le titre se réfère évidemment au tatouage de Lededje, il taira une partie des mécontents: il y a du viol, de la torture, de la guerre, du sang et des larmes. Le roman devrait paraître en français fin de l'année 2011.

Si les ficelles avec lesquelles joue l'auteur écossais sont connues - il apporte toujours une petite touche d'émotion en fin de roman, il commence avec une situation infiniment injuste pour l'un des héros - il est aussi connu pour sa subtilité et ses concepts extrêmement intéressants.
Dans Trames, c'était ce mille-feuille de monde.
Dans Surface details, c'est cet Enfer virtuel.
Mieux encore, ces éléments ne sont pas une finalité mais un élément du décor qui s'avère plus vertigineux encore qu'on ne l'imaginait. Parce que ce qui est important ici, ce n'est pas l'espace virtuel cauchemardesque, encore que ses descriptions sont magnifiques et époustouflantes, c'est l'enjeu de cet Enfer. Derrière tout cela, il y a les alliances qui se font et se défont entre civilisations de niveau 8 ou plus. Si Banks nous avait donné l'habitude de confronter la Culture à des sociétés plutôt inférieures, on se rend compte qu'elle n'est qu'une parmi d'autres ici. Cerise sur le gâteau, l'auteur nous fait aussi pénétrer dans les hautes sphères de la Culture en fin de roman. On découvre des sections complètes de la Culture dont on 'avait encore jamais entendu parler (Numina, Quietus, Restoria, la section des Excentriques).

Le génie d'Iain M. Banks réside dans son imagination débordante mais aussi son humour. Si Lededje est le moins intéressant des personnages, il en décrit d'autres assez réjouissants. Citons donc Demeister, l'avatar de l'Abominator Falling Outside the Normal Moral Constraints, un Mental savoureux anticonformiste qui n'a pas la langue dans sa poche virtuelle. C'est l'un des personnages les plus drôles qu'ait imaginé l'auteur. Il nous laisse la possibilité de rencontrer d'autres avatars également originaux et des non pan-humains qui le sont tout autant.
Il nous a parlé beaucoup de cette guerre contre les Idirans mais qu'a-t-on vu des conflits et du potentiel des vaisseaux de guerre de la Culture? Ici, vous en aurez un aperçu rapide mais concret.
Enfin, dans les toutes dernières lignes de l'épilogue, vous rencontrerez un personnage déjà croisé avant. Comme un symbole.

La conclusion de

Si Surface details n'a pas l'étincelle d'autres volets du Cycle de la Culture (Une forme de guerre, l'Usage des armes, l'Homme des jeux, le Sens du vent), il est néanmoins mieux construit, plus complexe et loin d'être linéaire. Au contraire, il faut attendre la moitié du roman pour comprendre comment les six destins qui sont décrits vont converger pour une destination commune. C'est aussi tout un pan de l'univers de la Culture, complètement inconnu jusque là, qui nous est dévoilé.
La vengeance est un plat qui se mange vivant.

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