75.OOO pixels viennent d'être aspirés dans un trou noir !
Le futur sera peut-être différent mais sur cette planète nous vivons encore grâce à la publicité.
Astuce N°1 : Réagissez en configurant votre AdBlock pour ne pas nous faire disparaître comme les dinosaures de Jurassic Park ;)
On vous aime et nous vous souhaitons une bonne lecture. "Longue vie et prospérité !"
Critique du Roman : Riverdream
Riverdream >

Critique du Roman : Riverdream

Avis critique rédigé par Nicolas W. le samedi 12 juin 2010 à 1733

Des Vampires à la Nouvelle-Orléans

"York releva les yeux et leurs regards se croisèrent. Jusqu'à la fin de ses jours, Abner Marsh devait se rappeler cet instant, ce premier regard droit dans les yeux de Joshua York. Tout ce qu'il pensait, tous les raisonnements qu'il avait échafaudés furent aspirés par le maelström de ces yeux. Juvénile, vieillard, étranger et dandy, toutes ces facettes disparurent sur le champ : il n'y avait plus que York, l'homme à nu, la vigueur qui l'habitait, des songes, une acuité."

Après la fantasy (A Game of Thrones critiqué ici et A Clash of Kings critiqué ), après la science-fiction (Le Volcryn critiqué ici et Les Rois des sables critiqué ), nous allons nous intéresser cette fois au fantastique avec Riverdream. George R. R. Martin choisit de nous emmener à la Nouvelle-Orléans au XIXème siècle à bord de majestueux vapeurs pour conter une histoire de vampires.  Ecrit en 1982, publié par Mnémos en 2005 sous nos latitudes et réédité en poche par J'ai Lu en 2008, Riverdream tranche avec la production vampirique actuelle.

Le capitaine Abner Marsh vient de voir sa flottille de 5 navires décimée par la débâcle des glaces sur le cours du Mississipi. De ses navires, il ne reste malheureusement que le petit et vieillissant Eli Reynolds. Inutile de dire que les rêves de gloire du capitaine s'effondrent par la même occasion. Pourtant, il reçoit une intriguante demande d'un étranger nommé Joshua York qui lui propose de devenir son associé ainsi que de fournir les fonds pour construire le vapeur le plus majestueux jamais créé. Avec celui-ci, Marsh pourra enfin connaître la renommée en battant le plus puissant d'entre eux, le fameux Eclipse. Malgré tout, un climat de peur s'installe rapidement sur le rutilant Rêve de Fêvre. L'équipage et les passagers se demandent pourquoi Joshua York et ses comparses au teint blafard ne sortent que de nuit de leurs cabines. Abner Marsh comprend vite que son associé ne lui a pas tout dit sur ses motivations et sur ce qu'il est...

Etrangement renommé Riverdream en France (il aurait été bien plus logique de laisser le Feverdream original), le roman de Martin fait la part belle à la Louisiane et au Mississipi. Bien avant True Blood, les vampires se glissent dans le bayou. Sauf que cette fois, la majeure partie de l'aventure a lieu sur l'immense fleuve et non à terre. Pour autant, le lecteur aura l'opportunité de visiter la Nouvelle-Orléans ou encore Natchez. Reste que l'aventure est clairement maritime, embarqué sur les vapeurs qui sillonnent le Mississippi, notamment ce fameux et luxueux Rêve de Fêvre. L'auteur excelle à poser une ambiance moite et inquiétante, au milieu de la nuit dans le manoir de Damon Julian, le maître du sang ou à bord du bateau enveloppé par les brumes nocturnes. Le lecteur vit au rythme des mariniers, des courses entre navires et des escales. Mais ce tableau doit beaucoup aux créatures de la nuit, à ces vampires.

Personnages principaux, les nosferatus se séparent en deux clans : celui de Joshua York et celui de Damon Julian. Si le premier veut libérer son peuple de la soif rouge, le second continue à vouloir dominer les humains comme le bétail qu'ils sont. Martin reprend les mythes fondateurs avec des vampires sensibles à l'ail, l'argent ou les croix pour mieux se les réapproprier.  Il élimine rapidement ces superstitions pour en tirer un monstre plus crédible, plus effrayant. Nous sommes très loin de cette fade copie moderne du vampire glamour et branché. Dans Riverdream, le peuple nocturne se révèle beaucoup plus complexe. Mentionnons notamment le chapitre consacré à la vie de Joshua York, formidable passage qui tend à donner une véritable consistance au personnage mais aussi à la race dans son entier. Pour une fois, un véritable passé vampirique se construit pour le plus grand plaisir du lecteur. L'opposition Damon Julian - Joshua York doit beaucoup au soin apporté au mythe mais aussi aux deux fortes personnalités en présence. Souvent diamétralement opposés, ils voient leurs motivations et leurs natures s'affiner sous la plume de l'auteur. Le résultat brille par sa maîtrise.

Comme à l'accoutumée chez Martin, les personnages - et pas seulement les vampires - s'avèrent succulents. Mieux, le principal protagoniste, Abner Marsh, se montre aussi attachant qu'original. Point de héros jeune et fringuant, le capitaine affiche un embonpoint certain, une trogne rongée par les verrues et un caractère aussi peu avenant qu'il n'y paraît. A cette sorte de double de George R. R. Martin, on s'attache pourtant rapidement. Par sa droiture comme par sa lenteur d'esprit qui le rendent plus proche et n'en font pas un surhomme. Compensant ses défauts par un courage et une fidélité remarquable, Marsh s'affirme comme une figure forte. Les autres ne sont pas en reste. A l'instar de la multitude de seconds rôles du Trône de Fer, on retrouve des hommes de second plan tout aussi excellents. Du bourru Mike le Poilu à Toby, l'esclave affranchi, l'écrivain américain soigne sa galerie de personnages. A ce titre, il est bon de rappeler que l'homme à tout faire de Damon Julian, Billy L'aigre Tipton, constitue une véritable réussite. Tout à tour répugnant, tragique et pathétique, Billy préfigure déjà le Theon Greyjoy de l'immense saga de Martin.

L'histoire n'est jamais en reste. Souvent volontairement lente, elle ne laisse pourtant jamais une impression d'ennui. George R. R. Martin prouve déjà dans les années 80 qu'il faudra compter avec sa plume. Au-delà du style fluide de l'américain, on ne peut s'empêcher de relever les touches de mélancolie qu'il immisce dans on récit. Autant que de noirceur, car nous sommes chez l'auteur du Trône de Fer. Il n'hésite pas à tuer des personnages si cela sert le récit ou semble s'imposer. Sans parler de scènes particulièrement sans concession dont on laissera la surprise. Reconnaissons seulement que la fin de l'aventure - avec la dernière confrontation entre les deux frères ennemis - semble un poil rapide. On aurait aimé voir un affrontement plus mémorable, plus éclatant. Heureusement, quelques fulgurances parsemant le récit font oublier ce bémol. Outre l'histoire de la race des vampires, les passages centrés sur la vieillesse du capitaine Marsh font montre d'une douce mélodie, aussi nostalgique que poignante, dont l'apothéose s'étale sur les ultimes pages du roman.

Finissons par quelques remarques sur certains éléments plus sérieux du livre. Comme dans Bloodsilver, Martin se sert des vampires et de l'attitude des hommes à leur égard pour mettre en exergue les travers de l'humanité. Comment justifier l'indignation envers les actes des séides de la nuit quand les blancs eux-mêmes asservissent les noirs ? Comment reprocher la soif rouge aux vampires quand les hommes semblent soumis au même péril par les multiples guerres qu'ils se livrent ? Certes, Riverdream n'est pas un roman engagé, mais on ne peut s'empêcher de noter ces quelques idées, malheureusement peu exploitées. Malgré tout,  saluons la présence de Byron et Shelley utilisées si intelligement au travers de leurs poèmes.

"J'avais vingt ans. Pour les gens de la nuit, j'étais encore un enfant, mais au bord de l'âge adulte. Lorsque je me réveillai cette nuit-là, tout couvert de sang séché, les doigts serrés sur ma ceinture pleine d'argent, je me souvins des paroles de mon père. Je savais enfin ce qu'était la soif rouge. Seul le sang l'étanchera, avait-il dit. Ma soif était étanchée. Jamais de ma vie je ne me suis senti aussi fort et alerte. Et pourtant, j'étais également dégouté, horrifié."

La conclusion de

Comptant parmi l'une des rares incursions de George R. R. Martin dans le fantastique, Riverdream s'avère un excellent roman. S'il puise sa force dans des personnages forts et charismatiques, il n'en oublie pas de rendre honneur au mythe vampirique. Par un récit passionnant et maîtrisé, l'américain livre une œuvre aboutie et hautement recommandable, que l'on soit amateur de vampires ou non.

 

Que faut-il en retenir ?

  • L'atmosphère de la Louisiane
  • Le cadre fluvial
  • Les personnages
  • Les Vampires
  • Quelques belles idées

Que faut-il oublier ?

  • Une fin un peu précipitée

Acheter Riverdream en un clic

Nous vous proposons de comparer les prix et les versions de Riverdream sur Amazon, site de vente en ligne dans lequel vous pouvez avoir confiance.

Retrouvez les annonces de nos dernières critiques sur les réseaux sociaux

Sur Facebook | Sur Twitter | Sur Google+

Les autres critiques de Riverdream

En savoir plus sur l'oeuvre Riverdream