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Critique : Pandémie

Ecrit par Amaury L. le mardi 6 avril 2010 à 18:49

L’Humanité prise en grippe…

Planète Terre, dans un futur proche…
La déforestation, la montée des eaux, le réchauffement climatique ont pris une ampleur démesurée, rien ne résiste aux cataclysmes naturels dévastateurs qui fragilisent notre mère à tous, la Terre. Dans leur folie destructrice, l’espèce humaine lutte constamment pour sa survie. Mais le pire n’est pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas. Des virus inconnus meurtrissent l’humanité et menacent d’emporter nos derniers espoirs de bonheur dans les limbes méphitiques de l’annihilation. Des tous les coins de notre planète, quatre menaces mortelles infinitésimales sont apparues et leur vitesse de propagation bouscule toutes les théories des plus éminents virologues. Sommes nous proches de la fin de l’Humanité ? Les Nations Unies en conseil extraordinaire ont réuni les meilleurs experts mondiaux pour parer ces menaces invisibles et implacables. Notre destin dépend de leur réussite, notre sort ne nous appartient plus…

Piqûre de rappel pour l’entretien de son matériel de secours…

Le matériel proposé demeure classique avec un plateau de jeu représentant le monde au bord de la crise sanitaire la plus mortelle de son existence, 96 cubes en bois (dans 4 couleurs) symbolisant les virus pandémiques contre lesquelles il faudra lutter, une centaine de carte (Propagation, Joueur, Rôle, Aides de jeu), des marqueurs en carton et des pions en bois (Station de recherche, Personnages). On clôt l’ensemble avec une règle bien illustrée et concise dans ses explications. Le travail graphique de Régis Moulun et de Joshua Cappel sans atteindre des sommets artistiques participe à plonger les joueurs dans une atmosphère inquiétante. Filosofia joue la carte de la sobriété et de l’efficacité, toujours avec professionnalisme en évitant les artifices tapageurs inutiles.

Comme le monde semble calme… Pour l’instant.

Règles à impérativement respecter en cas de Pandémie ludique

Les joueurs incarnent d’éminents scientifiques avec des rôles bien définis et des pouvoirs spécifiques. Un objectif unique les liera tous, découvrir les vaccins ou remèdes contre les quatre virus pandémiques qui menacent l’humanité de son extinction totale. La fin de l’espèce humaine surviendra si une des trois conditions suivantes se produit :
- une maladie cesse de se propager faute de cubes disponibles dans la réserve. Sa vitesse de propagation devient telle que son endiguement sera impossible. Reposons en paix dorénavant.
- une huitième éclosion se déclenche, le marqueur atteint la case Crâne, signe de l’échec cuisant des joueurs de sauver leur planète.

La piste Eclosions et son marqueur sur la case 0.

- la pioche des cartes Joueur est épuisée. Trop tard pour concevoir les parades médicales, la pandémie désormais frappera le monde entier, des survivants échapperont-ils à ces virus mortels ?

Quelques cartes Joueur parmi les 59 présentes dans la boîte.

A tour de rôle, les joueurs exécutent leurs actions et suivent dans l’ordre les trois phases principales du jeu.
1. Le joueur possède 4 points d’actions. Il les dépense comme il le souhaite. Il est possible de faire plusieurs fois la même action. Chaque action coûte un point.
Il existe des actions de base qui servent à se déplacer sur le plateau comme se déplacer en voiture (se déplacer de vile en ville en suivant les lignes rouges sur le plateau), le vol direct (on défausse une carte Joueur de sa main et on déplace son pion sur la ville correspondante), le vol nolisé (on défausse la carte du lieu où l’on se trouve et ensuite on déplace sur la ville de son choix), la navette (les pions des joueurs se déplacent d’une station de recherche à n’importe quelle autre présente sur le plateau), ou passer (ne rien faire). Pour enrichir les possibilités du jeu, les joueurs pourront effectuer des actions spéciales comme construire une station de recherche (il faut défausser la carte de la ville occupée et ensuite placer sur celle-ci une station de recherche), découvrir un remède (un joueur devra se défausser de cinq cartes Joueur de la même couleur et se trouver dans une station de recherche afin de déclarer la découverte d’un des quatre remèdes), traiter une maladie (pour chaque action dépensée, un joueur enlève un cube Maladie dans la ville où il se trouve), partager ses connaissances (donner une carte à un autre joueur se trouvant sur la même ville et de la ville où se trouvent les pions).
2. Le joueur pioche deux cartes Joueur et les prend en main sauf s’il tire une carte Epidémie.
Résolution des épidémies :
On augmente la vitesse de propagation d’une case. Ensuite, on pioche la carte du dessous du paquet propagation et on ajoute trois cubes Maladie sur la ville indiquée. On reprend toutes les cartes de la défausse, on les mélange et on les replace sur le dessus du paquet propagation.
3. La virulence de la propagation consiste à piocher un nombre de cartes Propagation égal à la vitesse sur la piste visualisée ci-dessous. Chaque ville nouvellement tirée reçoit un cube de la couleur de la carte. Si jamais, on doit poser un quatrième cube, une éclosion se produit.

La piste Vitesse de propagation indique le nombre de cartes Propagation qu’il faut tirer afin de connaître les nouvelles villes infectées. Les joueurs poseront un cube de couleur rouge sur la ville de Jakarta. Si celle-ci possède déjà trois cubes rouges, une éclosion a lieu.

Résolution d’une éclosion :
Quand trois cubes de même couleur se trouvent sur une ville et que l’on doit en ajouter un nouveau, une éclosion se déclenche. On pose un cube de la même couleur que celle en éclosion sur chaque ville adjacente. Des réactions en chaîne sont possibles et surtout on avance le marqueur Eclosion d’une case vers la tête de mort.

C’est ensuite au tour du joueur situé à gauche d’entamer ses actions… On continue ainsi jusqu’à la victoire ou la défaite.

Les différents rôles incarnés par les joueurs.

Pandémie, virus ludique contagieux ou microbe insignifiant ?

Depuis Le Seigneur des Anneaux (2001) de Reiner Knizia édité en français par Tilsit, les jeux de coopération suscitent une demande dans la communauté des joueurs de plateau. Chaque année voit sortir avec plus ou moins de réussite, le petit jeu de coopération qu’il fait bon de posséder. Pandémie, sorti en 2008, provient de l’imagination de Matt Leacock. De suite, il marque les esprits grâce à son thème atypique et la brillance de ses mécanismes. Lutter contre des pandémies demeure un sujet d’actualité brûlante surtout après le martèlement alarmiste concernant la grippe A. Les joueurs se trouvent confrontés à quatre virus mortels simultanément et coopéront étroitement pour espérer vaincre ces terribles fléaux. Pandémie offre trois niveaux de difficulté qui accroissent la durée de vie de jeu.

Le calme avant la tempête. L’Asie de l’ouest compte deux villes dangereusement infectées (celles avec trois cubes noirs).

Le mode Introduction devient la façon idoine de se familiariser avec les mécanismes en douceur et de ne pas subir une déroute humiliante lors de la première partie. Cette graduation ne change aucunement les règles, voilà un atout appréciable. Pas de règles supplémentaires à ingurgiter, il suffit simplement d’ajouter une ou deux cartes Epidémie dans le paquet des cartes Joueur. Les parties Standard (niveau intermédiaire) seront idéales dans un cadre familial avec des joueurs non habitués aux joutes ludiques, mais ne suffiront pas à mettre en difficulté les vieux briscards. Cette apparente facilité se dissipe en mode héroïque où les défaites s’accumuleront et les joueurs devront maximiser toutes les actions ou capacités de leurs personnages dans l’espoir mesuré de vaincre ces virus envahissants. Cette modulation intelligente et graduelle de la difficulté autorise Pandémie de toucher un public large, de satisfaire pleinement ceux qui le pratiqueront, chacun choisissant son niveau.

Contrairement aux apparences, Pandémie ne relève pas réellement de l’aléatoire (même s’il reste présent), privilégiant le contrôlable calcul de probabilités. On estime les « chances » qu’une carte dangereuse sorte de la pioche. Comme les joueurs à tout moment ont le droit de consulter les cartes défaussées, cette connaissance favorise les palabres et les concertations entre les joueurs, oriente les actions afin d’optimiser son tour de jeu. En effet, lors de l’apparition d’une carte Epidémie, toutes les cartes Propagation défaussées, sont replacées sur le dessus de la pioche. Ce mécanisme astucieux assure une tension permanente (les villes déjà infectées seront les premières touchées par les maladies) et les joueurs connaissent pratiquement tous les paramètres (ils savent quelles villes sortiront lors de la phase du Propagateur). Cette impression de maîtriser son destin donne une grande force attractive à ce jeu de coopération, le hissant vers les meilleures réussites ludiques de ces dernières années.

De plus, l’immersion thématique constante, les joueurs ressentent ce sentiment de catastrophe imminente et de pandémies impitoyables, instaure une ambiance digne des plus grands films d’anticipation mettant en scène la fin de l’humanité. Tournant aussi bien de deux à quatre joueurs, Pandémie se joue en moins d’une heure et il n’est pas rare d’enchaîner deux ou trois parties dans la soirée tant le jeu plaît et donne envie de rejouer. Toutefois, Pandémie possède son talon d’Achille, un joueur connaissant bien le jeu et son déroulement risque de devenir dirigiste avec des personnes moins expérimentées, les réduisant à de simples spectateurs. Il faudra donc laisser des initiatives à ces partenaires afin de ne pas les rebuter définitivement de l’expérience Pandémie. En dehors de cela, Pandémie recèle de nombreuses trouvailles ingénieuses qui combleront de plaisir toutes les personnes adorant sauver l’humanité de son destin funeste.

à retenir

  • Thème immersif et original
  • Mécanismes intelligents.
  • Parties dynamiques.
  • Tension permanente.

à oublier

  • Trop facile en Mode Introduction et Standard.

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