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Critique du roman : Monstre[une enfance] [2010], par Nicolas W.

Avis critique rédigé par Nicolas W. le lundi 5 avril 2010 à 21h17

Dans l'esprit d'un monstre...

" Je lui ai coupé la parole en lui racontant comment je préparais les foetus, sans entrer véritablement dans les détails (ces choses-là, sont intimes, n'est ce pas ?). J'aurais voulu l'entendre vomir, le voir se tortiller sur le tapis en coco, rêche bien que gorgé de tous les symptômes morbides de ce monde."

Nombreux sont les livres et films à avoir traité de ce que l'on dénomme "serial killer". Pourtant, le suisse Frédéric Jaccaud a choisi ce sujet pour son premier roman intitulé Monstre[une enfance]. En y regardant de plus près, le lecteur suspicieux ne manquera pas de remarquer que le livre paraît dans la collection Interstices de Calmann-Levy, celle-là même qui se veut transgenres. Nous aurait-on menti avec cette histoire de serial killer ? En fait, oui. C'est très loin d'être le point essentiel du récit de Thomas B., cet étrange vieillard au lourd passé.

Bienvenue dans les années 80...et les années 2040. En effet, le récit de Thomas se joue sur deux trames narratives. Nous avons d'abord celle de Thomas vieillard. Dans celle-ci, nous évoluons dans le monde cloîtré de ce qui présente toutes les caractéristiques d'un asile ou du moins une maison de détention. Pris au piège de sa chambre, Thomas n'a d'autre choix que de collaborer avec Mme Crab, une énigmatique femme tentant d'en savoir plus sur ce vieillard dont l'âge n'a pas assez flétri la mémoire pour oublier son enfance. Le second arc narratif -du fait le plus imposant et important- se trouve dans les souvenirs de cet enfance, tapés par le vieil homme sur l'ordinateur mis à sa disposition. Il faut dire que Thomas B. n'est pas vraiment un homme ordinaire. Avant toute chose, il est un monstre. Bourreau et violeur de dizaines de femmes. Monstre[une enfance] se propose de nous faire pénétrer dans la tête d'un individu qui a sombré quelque part en chemin dans des abysses de folies. Le suisse choisit de prendre les attentes que pourrait susciter un tel ouvrage à contre-pied. Il n'y a rien ici qui fasse l'étalage d'une violence gratuite, d'une violence faîtes pour impressionner. La raison demeure assez simple puisque l'entrelacement des fils narratifs exclus les actes monstrueux de Thomas à proprement parler. Pas de grandes scènes de torture ni de viol. Juste le récit d'une enfance.

Comme toutes les enfances, celle-ci présente les traits habituels qui définissent le futur adulte dans l'enfant en présence. De prime abord, Thomas est un garçon particulier. Il semble souffrir d'une affection mentale faisant de lui "un débile" et justifiant sa scolarité dans un établissement spécialisé. Pourtant, parmi sa cour d'handicapés, il fait figure d'exception, peut-être un peu moins déficient qu'il en a l'air. Cette dichotomie évidente s'explique par le parti pris adopté par Frédéric Jaccaud. Le narrateur étant aussi le tueur, on ne saurait trop croire à tout ce qu'il dit et c'est sûrement un des grands points forts du livre que de faire douter son lecteur. Chaque détail peut être soumis à caution, réinterprété. L'effet secondaire inévitable du procédé sera l'exigence de la lecture mais le jeu en vaut la chandelle. Puisque l'épopée de Thomas fascine par son jeu sur la psyché et sur les méandres qui guettent l'enfant lors de son passage vers l'âge adulte. Au cours de cette jeune période, Jaccaud décrit le monde de Thomas pour nous immerger. Nous voilà propulser dans les années 80 à coup de jeu de rôles et de chanson d'époque sans oublier le balbutiement des jeux vidéo. Par la présence de ses amis et surtout de sa famille - son frère Ray B. et sa mère - le narrateur décrit sa vie et ses passe-temps. Il y conte ses aventures de gamin...et leurs dérapages. L'auteur suisse met un point d'honneur a humanisé ce petit-être chétif qui s'évade du monde réel par les jeux de rôles. Comme beaucoup d'enfant, il aime sa mère et idéalise son frère. Mais la vérité, autrement plus sombre, va briser ses rêves et aspirations. Autant de coup de boutoir qui vont le faire vaciller dans des méandres obscurs. L'histoire de Thomas est celle d'une reconstruction mentale, d'un jeu de piste brouillé où son monde imaginaire et idéal refuse d'accepter le réel. Le résultat en sera un monstre, dont les meurtres et les actes seront à la fois une tentative de s'accaparer sa propre réalité mais aussi de comprendre.

On voit rapidement que le roman n'engendre pas de morale. Frédéric Jaccaud se livre à un exercice très périlleux qui consiste à nous faire prendre la place de Thomas. De ce fait, on appréhende plus facilement le pourquoi d'un récit sur l'enfance. Reste alors le second fil qui est celui de Thomas vieillard. Il s'agit pourtant du même procédé que celui de nous présenter un homme bien loin de ce qu'il fut. A l'instar de l'autre extrême de la vie, la vieillesse ne permet pas d'imaginer l'horreur de la personne qui se cache à l'intérieur de cette carcasse. Le Thomas de cet âge n'est pas si éloigné de l'autre, tout aussi perdu et tout aussi distinct du monstre annoncé. L'empathie en est dès lors facilitée. Dans ce qui semble être une autre réalité, le narrateur évolue dans un monde post-apocalyptique qu'il décrit comme vide et sous des pluies de cendres. L'étrange établissement où il réside ne sera jamais défini tout comme ses régisseurs. Encore une fois, beaucoup d'interprétation resteront possible : S'agit-il d'une vision déformée de la réalité de la part du narrateur ? S'agit-il du symbolisme du purgatoire ? Ou simplement un autre méandre de la psyché du monstre ? Le mystère restera entier, laissant à l'atmosphère de cette partie une ambiance lourde et énigmatique. Mentionnons que c'est aussi dans ce lieu que Thomas côtoiera deux personnages étranges, deux autres monstres : Frank, un nazi convaincu qui n'en a pourtant jamais été un véritable et Patrick, un phocomèle. Deux individus singuliers mais à la signification importante. Franz est l'illustration parfaite de l'adoration d'une image, d'une idée sans jamais l'avoir côtoyer mais il fait office également de prétexte à Jaccaud pour quelques mots savoureux à propos des disciples de l'extrémisme. Patrick représente le caractère pathétique d'un monstre privé de ses attributs, il constitue un miroir de Thomas dans son dernier âge, impuissant et donc finalement impossible à imaginer en tant que monstre. Reste Mme Crab, celle qui interroge Thomas sur son passé et renvoie au lecteur lui-même. Comme lui, elle essaye de décrypter les dires du monstre sans posséder ni sa perception des choses qu'il peut avoir ni pouvoir discerner le vrai du symbolique. Elle sera aussi démunie face à ce vieillard -et cet enfant par l'entremise de ses écrits - que le lecteur, comment imaginer derrière cette apparence le serial-killer qu'on lui a rapporté.

Monstre[une enfance] est dominé par la maitrise de Jaccaud. Une maitrise d'abord au niveau du style, choses assez rare pour un premier roman. On remarquera de nombreux passages avec des phrases très longues et qui s'accumulent, formant un magma, un débordement et retranscrivant en logorrhée le suintement de la pensée de Thomas. Le meilleur exemple étant cette immense phrase étirée sur une page entière. Cette instrumentalisation à la Céline de l'écriture est accompagnée d'un jeu dans l'architecture du texte. Les dialogues restent peu mis en forme, pas de tirets pour les signaliser la plupart du temps, confondant le tout : la pensée semble se mêler au parler, il faut se sortir de cette intrication pour pénétrer le discours de l'auteur comme on pénètre dans la psyché du narrateur. Autre effet de style, l'énonciation au fur et à mesure des pages des noms de ses victimes. Le parti-pris de ne pas montrer l'indicible en est la principale explication. Rappelons que jamais les crimes de Thomas ne seront montrés, juste mentionnés à deux reprises dans les textes (de façon tout à fait glaçante). Un procédé bien plus efficace que le démonstratif car ici, l'indicible n'a de limite que votre propre imagination, peut-être se cache-t-il en vous un monstre également ? Autre qualité, la dimension psychologique tout à fait fascinante de cette histoire. Frédéric Jaccaud joue avec les perceptions de l'enfance en l'inscrivant ici dans des contes de chevaliers et de princesse, de roi de l'hiver et d'imperator. Il décrit comment, en s'y réfugiant, Thomas englue sa conscience hors du réel et se forge un monde en inadéquation avec celui dans lequel il vit. En jouant sur le fameux complexe d'Oedipe, Frédéric Jaccaud met en exergue le traumatisme de l'enfant confronté à la dévaluation de ce qu'il considère comme un idéal, la figure maternelle. Si la plupart des enfants y font face de façon correcte, notamment par la présence d'un père, les conditions réunies ici pour Thomas vont le faire basculer. Il chutera alors dans un monde où le sexe -et par là même les femmes-  deviendront une obsession, corrupteur suprême qui l'éloigne de son frère et de sa mère. Ainsi naîtra le monstre.

"Jessica ricanait, Ray avait le torse secoué de spasmes, Mathieu montrait ses dents; même l'elfe, les jambes encore ouvertes, ouvrit ses yeux d'un bleu de cristal et se moqua de lui. Le prince, le sexe pendant, se mit à pleurer comme un bébé. Après ces événement, aucun des membres du groupe ne retourna dans le sous-sol de Mathieu; parce que chacun était vexé de quelque chose; et, bien qu'ils y aient pris, en fin de compte, du plaisir, ils préférèrent décréter que les jeux de Mathieu étaient trop sales."

La conclusion de à propos du Roman : Monstre[une enfance] [2010]

Nicolas W.
95

Pour ce premier roman, Frédéric Jaccaud accouche d'un réel monstre. D'un livre monstrueux d'abord, de très grande qualité, dont le bémol serait sa relative difficulté de lecture. D'une figure monstrueuse ensuite, celle de Thomas, un individu tout à la fois fascinant, pathétique, ignoble et -un comble- attachant. Mais aussi un type de récit monstrueux qui refuse les étiquettes, flirtant avec le thriller, la science-fiction, le récit psychologique voir la fantasy. Enfin, le lecteur lui-même devient monstre, épiant la vie d'un individu ignoble sans arriver à dégager une ligne morale claire. Disons-le haut et fort, il s'agit là d'une monstrueuse réussite.

Que faut-il en retenir ?

  • La maitrise du récit
  • Les personnages
  • Thomas
  • Le sujet
  • La dimension psychologique
  • Le symbolisme
  • Le style

Que faut-il oublier ?

  • Un roman exigeant

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