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Critique du Film : Ricky
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Critique du Film : Ricky

Avis critique rédigé par Vincent L. le samedi 27 février 2010 à 1004

Le monde ouvrier vu par un bobo...

Le cinéma de François Ozon ne s'était jusqu'ici jamais aventuré dans le domaine du fantastique ; cinéaste oeuvrant avant tout dans le domaine dramatique, Ozon tente très souvent de rendre son cinéma pluriel en le plaçant au croisement de plusieurs genres, drame/comédie trash - Sitcom - drame/film musical - 8 femmes - drame/thriller - Swimming Pool - drame/fresque historique - Angel - drame documentaire - Le refuge. Mais si l'on excepte ses quelques films ressortant de la dramaturgie pure et dure - 5x2, Sous le sable - ces cross-over restent généralement des expériences cinématographiques aussi maladroites que peu abouties. Ozon ayant cette tendance à livrer des films fabriqués bien trop rapidement - un par an en moyenne - sa filmographie s'apparente de plus en plus à celle d'un Lelouch, où chaque bon film aurait en contrepartie nombre d'échecs artistiques.

Ricky fait clairement partie de ces échecs qui émaillent cette filmographie. Se trouvant au croisement du drame, de la peinture sociale, et du fantastique, le film appuie son propos sur un fait surnaturel, voyant une famille d'ouvriers accueillir un bébé ailé à la tête d'angelot qui va litteralement bouleverser leur vie. Mais au delà de l'aspect intrigant des premières scénes, on s'aperçoit très vite que Ricky ne fonctionne pas, tourne à vide même, et se trouve assez clairement être la résultante d'un scénario totalement écrit en roue libre. Conséquence, plus les minutes passent, plus l'on s'aperçoit qu'Ozon ne sait pas vraiment où il veut nous emmener, et, plus grave, ne sait visiblement pas non plus comment terminer son film. Le long-métrage se désagrège donc au fur et à mesure que le temps passe, semblant de plus en plus improvisé au petit bonheur la chance.

Le problème se situe dans le fait qu'à partir du moment où Ricky a déplié ses ailes, c'est à dire relativement vite dans la chronologie du film, il ne reste pour ainsi dire plus grand chose à dire sur un sujet finalement pas si riche. Ozon tente alors de noyer le poisson pour faire péniblement défiler les minutes, proposant nombres de péripéties ressortant de la comédie pas très inspirée - le bébé apprend à voler comme il aurait dû apprendre à marcher - du ressort dramatique de bas-étage - la scène d'évasion dans le supermarché, digne d'un nanar ! - ou de la critique sociétale - l'affaire ultra-médiatisée - mais laissant bizarrement de côté la thématique de départ, qui se basait sur la notion de famille. De la même manière que l'arrivée de Sergi Lopez modifiait les relations entre Alexandra Lamy et Mélusine Mayance, on se demande pourquoi François Ozon n'a pas recentré son propos sur les bouleversements de la cellule familiale avec l'arrivée de ce bébé extraordinaire.

Préférant donc noyer son propos sous ces péripéties aussi prévisibles qu'inintéressante, Ozon nous bricole donc un film qui tente de se boursouffler d'importance, et d'obtenir le semblant d'épaisseur qu'il n'a en réalité pas. Par l'usage de flashback et d'éllipses temporelles, il brise ainsi la linéarité d'un récit trop simple pour pouvoir supporter ce genre d'artifice ; via quelques techniques formelles de réalisation, il semble également vouloir introduire une double lecture de ce scénario, mettant de manière peu pertinente la paternité de Ricky sur les épaules de l'imagination trop fertile de la grande soeur. Malheureusement, aucune de ces techniques ne fonctionne vraiment et ne réussit à sauver le film, celui-ci se se terminant sur un vrai-faux happy-end assez consternant.

Mais tout cela ne serait au final pas si agaçant si François Ozon ne s'était pas totalement vautré dans sa représentation du monde ouvrier. Cinéaste bobo, Ozon n'a assez visiblement jamais vu ou parlé à un ouvrier dans sa vie, se limitant très probablement à quelques documentaires de bas-étage aperçus à la télévision. Le cinéma d'Ozon n'est pas celui des frères Dardennes, et lorsque celui-ci écrit et met en scène ce milieu social qui ne connait pas, il tombe juste à côté de la plaque tout le temps. Ainsi, dans cette agaçante représentation, tout sonne faux, des dialogues aux situations, en passant par les réactions des personnages ; plus génant, les pires poncifs du genre nous sont ressortis ça et là, de la mère indigne qui oublie sa fille - péripétie gratuite et scénaristiquement incohérente - au père coureur de jupon qui se tringle les premières minettes venues. Vu cette débauche de caricature, on est d'ailleurs presque étonné, vu la nationalité de Sergi Lopez, que celui ci ne joue pas un maçon...

Reste malgré tout quelques qualités formelles qui sauvent le film du ratage total. Ainsi, malgré ses défauts, Ozon reste un très bon directeur d'acteurs et offre à son film une bonne qualité d'interprétation ; si, malgré un jeu techniquement sans fautes, Alexandra Lamy n'est pas très crédible en ouvrière, la révélation du film tient en la jeune Mélusine Mayance laquelle, du haut de sa petite dizaine d'année, s'avère aussi juste et convaincante qu'un adulte. De la même manière, François Ozon sait filmer les drames et offre une mise en scène sobre et classieuse, qui ne sombre jamais dans le pathos facile pour faire pleurer dans les chaumières. Techniquement, le film est enfin également irréprochable, de la photographie à la musique en passant par les effets spéciaux, Ricky tient la route. C'est déjà ça...

La conclusion de

Si l'incursion de François Ozon dans le fantastique s'avère loin d'être convaincante, elle est cependant nettement moins risible que la vision très bobo qu'il nous offre d'un monde ouvrier qu'il n'a visiblement jamais approché. Entre cet aspect merveilleux qui frôle au final la comédie involontaire, et une volonté de peinture sociale totalement à côté de la plaque, Ricky a du plomb dans les ailes et ne parvient jamais à s'envoler.

Que faut-il en retenir ?

  • Interprétation correcte,
  • Techniquement sans faute,
  • Traitement dramatique sobre.

Que faut-il oublier ?

  • Vision du monde ouvrier très agaçante,
  • Aspect merveilleux qui sombre dans le grotesque,
  • Scénario prévisible,
  • Fin consternante,
  • Croisement des genres bancal,
  • Double niveau de lecture qui ne fonctionne pas.

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