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Critique du Roman : Vision aveugle
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Critique du Roman : Vision aveugle

Avis critique rédigé par Nicolas W. le dimanche 3 janvier 2010 à 1938

Dans les Ténèbres du Rorschach...

" Ca n'a pas commencé ici. Pas avec les brouilleurs ou le Rorschach; ni avec Big Ben, le Thésée ou les vampires. La plupart des gens diraient que ça a commencé avec les Lucioles, mais c'est une erreur. Ca c'est terminé avec toutes ces choses"

Les Lucioles sont tombées sur la Terre. Ces choses venues des étoiles ont pris l'humanité en "photo", elles l'ont cartographié. Sans que quiconque puisse le prévoir ni l'arrêter. En 2087, Siri Keeton, un "observateur", ainsi qu'un équipage des plus singuliers, embarquent à bord du Thésée. Au cœur de ce vaisseau, ils vont devoir trouver l'origine des Lucioles et leurs mystérieux créateurs. Mais dans l'ombre de cet immense curiosité spatiale qu'est Big Ben, Siri Keeton, l'équipage et le sinistre vampire Sarasti les commandant, vont devoir sonder les profondeurs du Rorschach, le terrifiant vaisseau qui gravite autour de l'artefact...

Peter Watts est un auteur inconnu en France. Pourtant bien établi outre-Atlantique avec  la trilogie "Rifters" et une dizaine de nouvelles, Fleuve Noir lui offre enfin l'honneur d'une publication sous nos latitudes. Vision aveugle est un livre de science-fiction pure et dure, que l'on pourrait facilement qualifier de Hard-SF. Nominé au prix Hugo 2007, le roman de Peter Watts est l'occasion de retrouver une SF forte, intelligente et diablement stimulante.

Tout commence donc par un flash-back. Ceux-ci seront nombreux au cours du récit permettant une meilleure compréhension des événements et des personnages embarqués à bord du Thésée. Ce premier retour en arrière se fait autour du personnage principal de l'histoire, Siri Keeton. Celui-ci est un "synthétiste" ou observateur, qui a  subit une hémisphèrectomie (on lui a enlevé la moitié de l'encéphale) du fait de crise convulsives très graves dans sa jeunesse. De ce fait, il se trouve presque incapable de ressentir des émotions mais peut décrypter le langage corporel de tous les autres humains, devinant leur moindre pensée et émotion. Personnage au destin aussi tragique que fascinant, Siri Keeton n'est pourtant pas le seul être stupéfiant qui hante les couloirs du Thésée. Mais il est peut-être celui dont on se sent le plus proche et par lequel  l'auteur échafaude et discute ses théories les plus brillantes. Développant parallèlement à l'histoire, le passé de l'observateur, Watts insuffle une composante émotive forte et prenante autant que psychologique  à son récit. Bien qu'on puisse reprocher parfois la construction et l'alternance flash-back / trame principale, le canadien fait preuve d'assez de génie dans le reste de ses idées pour effacer ce bémol.

Car si Keeton est le narrateur de Vision aveugle, l'équipage du Thésée n'en est pas moins une attraction délicieuse. On y trouve tout d'abord Susan James, une linguiste aux personnalités multiples (elle héberge 4 entités en elle) qui permet à l'auteur de disserter longuement sur les notions de langage (un des thèmes central du roman) mais aussi sur le psychisme. A celle-ci s'ajoute le personnage d'Amanda Bates, une militaire "pacifiste" aux méthodes peu conventionnelles et au passif terrifiant ainsi que Isaac Szpindel un biologiste dont le corps est interfacé à toutes sortes de machines et d'appareillages... Enfin, le dernier membre d'équipage et commandant du Thésée est l'être le plus fascinant du livre : Jukka Sarasti, un Homo vampiris ou "vampire". Jamais vraiment cerné et peu présent physiquement, ce sont les commentaires et le ressenti de Siri Keeton qui font prendre toute sa consistance au personnage, le rendant plus effrayant mais aussi beaucoup plus intéressant. Ôtez-vous immédiatement l'image du vampire made in Twilight au look tectonik, beau gosse et végétarien, ici Peter Watts choisi de reprendre le mythe du vampire et de se le réapproprier par le prisme scientifique. Dès lors, nous sommes dans un tout autre niveau que les minables inventions de Stephenie Meyer. Présumant un contexte d'apparition ancestrale de cette race désormais ressuscitée par les hommes et la génétique pour certaines capacités uniques, l'homo vampiris de Vision aveugle est un monstre froid, tueur compulsif qui ne voit en l'homme que du bétail et dont la principale épreuve est de contrôler ses pulsions. Doté d'une intelligence et de processus cognitifs spectaculaires, ces vampires sont pourtant sensibles aux croix...Une faille dans le développement de l'espèce rendue avec tant de crédibilité par l'auteur qu'on en reste pantois. Pour enfoncer le clou (ou le pieu, c'est selon), Peter Watts reviendra sur cette idée d'Homo vampiris dans ses excellentes annexes où il explique ses choix et cite les articles scientifiques auxquels il s'est référé. Une relecture impeccable d'un mythe malmené de nos jours et un emploi intelligent (que l'on ne comprend qu'à la fin du récit) et non juste pour appâter le client, bravo à l'auteur.

"Sarasti n'était pas le seul. Tous les vampires se cachaient de nous, même à l'époque où ils avaient le dessus. Ils restaient tout le temps juste de l'autre côté du mythe. Nous étions si malin au pléistocène, assez pour sombrer dans le scepticisme : si vous n'aviez pas vu le moindre démon chasser la nuit malgré toutes vos années dans la savane, pourquoi croire au radotages séniles de la mère de votre mère au coin du feu ?"

On comprend donc très vite que l'aspect scientifique du livre sera prépondérant, sans pour autant tomber dans une assommante masse de données qui pourrait anéantir toute envie de lecture. Au contraire. La galerie de personnages de Vision aveugle sert de pilier autour des principales idées du récit.Watts parlera pêle-mêle des vampires et des processus cognitifs humains, du langage et des formes biologiques xénos possibles. Il parlera surtout longuement  de cette notion capitale : Le premier contact avec l'autre. Le récit de ce premier contact n'est pas sans évoquer le livre de Richard Paul Russo, La Nef des fous et partage parfois une même ambiance glauque et horrifique. Pourtant,  nous n'aurons pas droit à un livre d'horreur qui finirait en Alien puisque ce n'est nullement l'objectif du canadien. On aurait surement aimer plus d'exploration du terrifiant Rorschach mais cela aurait certainement amoindri l'impact des autres évènements du roman.

Puisque c'est avant tout de l'humanité et de l'évolution que Peter Watts va nous parler, ceci par le biais d'une phénomène appelé Vision Aveugle. Ce processus permet à une personne privé du sens de la vue ou qui en semble privé, de pouvoir "voir" en passant outre le cortex cérébral. Celui-ci serait court-circuiter par le tronc cérébral qui "sentirait" et donc donnerait une sensation de vue. Dès lors, il faut s'interroger sur le rôle de notre cerveau et surtout sur les notions d'intelligence et d'évolution ! Celui qui semble le plus intelligent n'est peut-être pas celui que l'on pense...

Ce qu'il faut aussi noter sur Vision aveugle, c'est cette volonté pour l'auteur non seulement de coller au plus près des théories scientifiques mais de reprendre aussi un terrain science-fictif connu qu'il va manipuler avec brio. Vaisseau Spatial, entités extra-terrestres, artefact, naine brune ou encore machines de Von Neumann, l'écrivain canadien a de quoi séduire les passionnés de l'espace, de son exploration et de ses mystères. En mêlant à part égale technologie, théories scientifiques, psychologie et exploration, Peter Watts offre un cocktail détonnant encore plus passionnant qu'un Spin. Il faut encore insister sur l'immense travail abattu par l'auteur et que celui-ci développe dans les annexes du livre, citant des tonnes d'articles. Un travail de titan qui prouve que la SF hard-science de haute volée n'est pas morte, bien au contraire.

"Ca compte énormément, pour vous, non? C'est ce qui vous hisse au-dessus des bêtes concurrentes, ce qui vous rend spécial. Homo sapiens, comme vous vous baptisez. L'Homme Sage. Savez-vous seulement ce qu'est cette conscience dont vous vous gargarisez ? Savez-vous seulement à quoi elle sert ?"

La conclusion de

Roman sur un premier contact, sur l'homme, sur des personnalités fortes et marquantes et sur de nombreux thèmes scientifiques, Vision aveugle est une brillante réussite à peine occultée par quelques lacunes dans sa construction globale. Il n'en faut pas moins pour recommander très chaudement ce livre dont l'auteur, Peter Watts, possède un sacré talent. Un indispensable pour tous les amateurs de science-fiction ! Espérons au plus vite la traduction de ses autres ouvrages...

Que faut-il en retenir ?

  • Les Idées
  • Les personnages
  • L'ambiance
  • Le mythe vampirique
  • Le premier contact

Que faut-il oublier ?

  • Une construction parfois bancale

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