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Critique du Roman : Il est difficile d'être un dieu
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Critique du Roman : Il est difficile d'être un dieu

Avis critique rédigé par Nicolas W. le samedi 10 octobre 2009 à 1243

Que faire des pouvoirs d'un Dieu ?

"Ils ne savaient pas que l'avenir était avec eux, que l'avenir, sans eux, était impossible. Ils ne savaient pas que dans ce monde de fantômes terrifiants du passé ils étaient l'unique réalité du futur, qu'ils étaient le ferment, la vitamine de l'organisme social. Détruisez cette vitamine, la société se gangrène, c'est le début d'un scorbut social, les muscles faiblissent, la vue baisse, les dents tombent. Aucun état ne peut se développer à l'écart de la science, ses voisins l'anéantiraient."

Sur Arkanar, Le seigneur Roumata est un des nombreux sujets du roi. Descendant de noble famille, il entre pourtant rapidement en conflit avec le tyrannique et machiavélique Don Reba, favori du roi. D'arkanar la belle, il ne reste que des souvenirs à l'heure où Reba , grâce à ses Gris, fait traquer, arrêter et torturer tous les intellectuels sous prétexte qu'ils servent des intérêts ennemis. Médecins, Philosophes, Musiciens, Poètes, tous doivent mourir ou servir le régime de terreur qui s'instaure.  Seul Don Roumata semble avoir des égards pour ces hommes pourchassés dans un monde où tous semblent s'être résignés. Mais Roumata n'est pas un seigneur comme les autres, puisqu'il vient d'un autre monde par delà les étoiles, un monde nommé Terre et dont l'humanité a atteint son apogée. Il est un observateur de cette société d'Arkanar, mais devant tant de barbarie et d'obscurantisme, comment laissez faire?

Il est difficile d'être un dieu est la première réédition des frères russes Arkadi Strougatski et Boris Strougatski par la maison Denoël Lunes D'encre. Paru en 1964 dans ce qui était encore L'URSS, le roman se propose d'utiliser la science-fiction pour dénoncer et fustiger le régime en place. Alors que nous ouvrons ces pages bien après l'effondrement du bloc soviétique, il faut pourtant se rendre à l'évidence, le récit des Strougatski est loin d'être dépassé!

La couverture de Lasth est le premier contact du lecteur avec l'œuvre et précisons au passage que celle-ci est une belle réussite, se fondant complètement dans le sujet du livre et mettant sur le devant de la scène un véhicule secondaire mais emblématique du récit. Nous arrivons donc au chapitre d'ouverture qui est surement le plus gros point faible du livre. Il est en effet ardu de prendre ce récit en cours, on se retrouve perdu dans cette introduction en compagnie de ces 3 personnages sans savoir où les auteurs veulent en venir. Rajoutons à cela que, contrairement au reste, ces quelques pages ne bénéficient pas forcément d'un style correct, celui-ci est trop souvent pataud...Mais une fois cet écueil passé, on ne regrettera pas d'être allé plus loin. Gageons simplement que le lecteur ne se laissera pas décourager...

Le récit suit une trame principale assez classique, jouant sur des intrigues de palais et des machinations diverses pour arriver à un coup d'éclat vers la fin relativement attendu. Le tout reste efficace mais semble manquer d'originalité parfois...Ceci est à contrebalancer par la date d'écriture du récit bien entendu. Mais attention, l'histoire n'a rien de rédhibitoire, elle se trouve être tout à fait agréable. Il est clairement évident que l'intérêt du livre ne réside pas dans cet aspect très médiéval-fantasy puisque le récit se déroule sur une planète encore à l'âge féodal.

C'est donc l'aspect Science-fictif qui se révèle être le plus intéressant et le plus pertinent. Roumata fait donc parti d'une caste d'observateur envoyé par la Terre (qui semble être devenue une société idyllique, sorte de fantasme des intellectuels de l'époque) pour étudier des planète plus "arriérées". Ceux-ci doivent se borner à observer justement, sans intervenir ou le moins possible pour respecter la doctrine éditée par leurs supérieurs. Les frères Strougatski posent ici la question cruciale de l'interventionnisme. Dans une société en pleine déliquescence, un observateur extérieur doit-il intervenir ou doit-il rester passif ? La conscience d'un homme peut-elle souffrir la vision d'atrocités et d'injustices ? Cet homme peut-il prétendre à son humanité s'il ne fait rien pour empêcher l'innommable? A cela, les russes semblent répondre par la négative. Mais leur réponse n'est en fait pas si simple car ils envisagent les conséquences de cet intervention à divers niveaux. D'abord celui de la société, sur le fait que celle-ci doit évoluer naturellement et qu'il peut être dangereux de tout bouleverser par une aide extérieur. Mais aussi et surtout au niveau de l'individu, Roumata en intervenant et en neutralisant les tyrans qui l'entourent ainsi que leurs sbires n'en devient-il pas comme eux ? Ne régresse-t-il pas? Même s'il veut faire usage de la force pour rendre la justice, il reste sur un équilibre précaire au bord du gouffre de la violence et de la haine.

Mieux encore que cette réflexion, Il est difficile d'être un dieu est une violente attaque contre le régime totalitaire de l'URSS de l'époque. On transposera facilement les gris dans le rôle du NKVD ou encore Don Reba dans le rôle de Staline, personnage paranoïaque et haineux. Et cette société emprisonnée dans l'obscurantisme et dont les voisins sont vus comme autant d'ennemis fait inévitablement penser au bloc soviétique. L'habilité des Strougatski est d'employer la Science-fiction pour éviter la censure et pouvoir parler intelligemment du régime qu'ils contestent. Il est aussi remarquable qu'ils ne s'en prennent pas uniquement aux dirigeants mais aussi au peuple lui-même, le condamnant à plusieurs reprise pour sa passivité et sa couardise. Bien qu'ils semblent dire qu'il faut un certain temps pour renverser une tyrannie, il n'en reste pas moins que le poids des morts et des atrocités restent aussi sur la conscience du peuple tout entier.

Ce mélange de Fantasy-SF est donc des plus judicieux, permettant à chacun d'y trouver son bonheur. Il permet aussi la confrontation de la haute technologie face à des hommes de l'âge médiéval et leurs réactions. Donnant l'occasion aux deux frères d'explorer un dernier thème qui est celui de la divinité. Roumata et ses compères sont vus tel des Dieux dans le récit, ils sont conscients qu'ils ont des pouvoirs tout à fait inaccessibles au commun des mortels d'Arkanar. Et se posent à eux ces questions de divinités et d'emploi de leur puissance, renvoyant donc à notre propre conception de Dieu, doit-on le voir pour qu'il soit tangible ? Mais également à la question de la foi : puisqu'une fois découvert, Roumata ayant choisi d'aider à s'échapper un révolutionnaire en puissance qui pourrait renverser le cours de l'histoire par le moyen d'un hélicoptère, l'observateur acquiert un statut de Dieu. Et comme pour toute foi, l'homme ordinaire se retrouve démuni face à l'inaction de la divinité qu'il admire tant. Un Dieu se doit-il d'intervenir chez les êtres qu'ils observent ou non ? Nous rejoignons alors l'idée première d'intervention. La boucle est bouclée.

Pour finir, mentionnons que même si une pléiade de personnages secondaires de Don Reba à Ouno accompagnent le récit de Roumata, c'est bien ce dernier qui reste le plus développé et le plus fascinant, les Strougatski faisant régulièrement intervenir ses pensées et ses questionnements au cœur de l'histoire, enrichissant non seulement celle-ci mais donnant une profondeur psychologique très appréciable à ce singulier acteur.

"Diable! Il est incapable d'y penser. C'est encre trop tôt pour lui. Et pourtant, quoi de plus simple? Dix mille forgerons en colère seraient capables d'en réduire plus d'un en bouillie. Mais c'est la colère qui leur manque, seule la peur est là. Chacun pour soi et Dieu pour tous."

La conclusion de

Pour cette première réédition des frères Arkadi et Boris Strougatski, Denoël et Gilles Dumay ont porté leur choix sur Il est difficile d'être un dieu. Si ce roman comporte quelques défauts, il faut vite se rendre à l'évidence: l'intelligence du livre et de son propos en font simplement un excellent ouvrage à lire sans tarder et dont la pertinence est restée intacte plus de 40 ans après sa première publication. En attendant la réédition du fameux Stalker, il est de bon ton de prendre part aux aventures de Roumata et de réfléchir nous aussi à ce que nous devons faire au sein de la société qui est la nôtre aujourd'hui.

Que faut-il en retenir ?

  • Une fabuleuse critique du totalitarisme
  • Un mélange habile de fantasy et de SF
  • Roumata
  • Les idées
  • L'inteligence du propos

Que faut-il oublier ?

  • Un premier chapitre peu engageant
  • Une histoire au final attendu

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