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Critique du Recueil de nouvelles : Janua Vera
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Critique du Recueil de nouvelles : Janua Vera

Avis critique rédigé par Nicolas W. le vendredi 7 août 2009 à 0155

Les multiples facettes du Vieux Royaume

« Il reste enfermé au cœur de sa propre nuit, dont il ne livre rien, sinon les cris déments qui arrachent parfois tout le palais au sommeil. Dont il ne livre rien, sinon le geste interrompu, près du trône, vers un portail clos. Troublés, les conseillers n'osent plus se livrer à leur souverain, de peur que leur souverain ne perçoive leur trouble. Ce jeu de dupes est un symptôme. Le royaume tombe malade, de la maladie du monarque. C'est là le vrai mystère. C'est là le vrai péril, que seul le souverain peut combattre.

Et Léodegar le Resplendissant, Roi-Dieu de Leomance, ignore ce qu'il affronte. »

En 2007, les éditions des Moutons Electriques publient le premier recueil de nouvelles d'un auteur français jusqu'alors inconnu. En effet, celui-ci n'était guère connu que des rôlistes pour ses deux jeux de rôles, Tiers âge et Te Deum pour un massacre. Cet auteur, c'est Jean-Philippe Jaworski et on ne se doute pas encore qu'il gagnera pour cet ouvrage le prix du Cafard Cosmique 2008 et encore moins que son livre suivant, Gagner la Guerre, sera le futur coup de cœur des Imaginales. Faisons donc un retour sur ce recueil réunissant 8 nouvelles dont 1 inédite pour sa réédition poche en Folio SF.

Comment donc expliquer ce succès critique ? La première raison est le talent indéniable du français pour écrire. Chaque nouvelle est un ravissement d'écriture, à la langue étudiée et ciselée, débauche lexicale impressionnante au fil des pages. Le vocabulaire emprunté est riche et des plus adaptés aux diverses situations, n'oubliant jamais son cadre médiéval. Puisque Jaworski élabore à travers ces nouvelles un cadre unique, clairement médiéval, celui du Vieux Royaume. On voit d'ailleurs très distinctement que l'écrivain vient du monde du jeu de rôle, chaque rôliste le sentira au détour de ces diverses histoires. Et cela pour le mieux. Car sous ces nouvelles se dissimulent des trésors d'imagination, réutilisant certaines figures classiques de la fantasy comme l'elfe ou le sorcier, mêlant traditionnel et original avec une justesse indéniable, évitant les clichés. Une autre raison est la facilité avec laquelle Jaworski saute de registre en registre en gardant toujours cette force qui permet au récit de captiver le lecteur. Ainsi, le recueil se compose de nouvelles tantôt tournées vers le policier (Mauvaise Donne), vers le fantastique (Un amour dévorant), vers l'humoristique (Jour de Guigne) ou encore vers l'intimiste (Le Confident)... Et bien entendu, chaque nouvelle apporte sa pierre à l'édifice d'ensemble introduisant des personnages hauts en couleurs (Don Benvenuto, Cecht ou Aedan...) et des lieux qui deviendront vite familiers comme la République de Ciudalia, la Leomance ou Kaellsbruck. L'ensemble forme donc une ébauche plus que réjouissante de l'univers médievalo-fantasy du Vieux Royaume. Malgré cela, le recueil n'est pas dénué de défauts, puisque le principal bémol qu'on peut mettre à cet enthousiasme est le classicisme dans le déroulement des intrigues. Bien trop souvent les nouvelles se révèlent prévisibles et le lecteur devine rapidement ce qui se prépare. Ce n'est donc pas dans les chutes qu'il faut chercher l'essentiel mais bien dans l'écriture et le dépaysement proposés par le français.

Pour finir, voyons donc de plus près ces 8 nouvelles :

Le recueil s'ouvre sur Janua Vera où le Roi-Dieu de Léomance voit son sommeil troublé par des cauchemars semblant lui prédire sa propre chute. Il va donc mettre tout en œuvre pour découvrir leurs significations. C'est une belle introduction, indéniablement bien écrite mais vraiment dénuée d'originalité, donnant un arrière-goût de « peut mieux faire »...Ce qui arrive d'ailleurs avec la seconde nouvelle. Celle-ci, Mauvaise Donne, est certainement la plus importante du recueil puisqu'elle introduit les personnages et enjeux qui serviront de base pour le roman Gagner la Guerre. Notre ami Don Benvenuto, assassin de la guilde des Chuchoteurs se trouve pris au cœur d'un coup monté. Narré par le point de vue exquis du coupe-jarret préféré de Jaworski, la nouvelle est excellente, laissant entrevoir le goût prononcé de l'auteur pour les intrigues à tendance policière et politique. La troisième nouvelle, Le service des Dames, joue sur le registre de récit traditionnel du chevalier combattant pour une noble cause...du moins le croit-il... Toujours porté par une plume impeccable, le récit captive même si l'on se doute rapidement du fin mot de l'histoire. Une offrande très précieuse nous transporte en royaume barbare avec le personnage de Cecht, hanté par la culpabilité d'un de ses actes passés. Il va devoir trouver sa rédemption au cœur d'une bien mystérieuse contrée. Jonglant sur le fantastique et le tragique, c'est un joli texte encore une fois. De ce fait, comme on s'en doutait, Jean-Philippe Jaworski peut se faire délicat et donner une nostalgie toute particulière à ses écrits. Le conte de Suzelle nous expose ainsi la vie de la petite Suzelle et le bouleversement qu'elle va subir suite à sa rencontre avec un elfe . Touchant et bien trouvé... Plus comique, Jour de Guigne nous apprend qu'une « malédiction » bien étrange peut frapper les habitants du Vieux Royaume. Et c'est le singulier Maître Calame qui va se voir affliger du Syndrome du Palimpseste lui causant bien des malheurs. Très drôle, bien construite et bien écrite comme toujours, on apprend ici aussi surtout que Jaworski sait de même très bien manier l'humour. La nouvelle inédite de la réédition poche s'intitule Un Amour Dévorant et voit un village terrorisé par les apparitions surnaturelles qui hantent leur bois jusqu'à l'arrivée d'un prêtre du clergé du Desséché. Mais saura-t-il comprendre ce qui se passe en ces lieux ? Mélange de fantastique et d'enquête policière, c'est une excellente nouvelle, même si elle aurait mérité d'être surement quelque peu écourtée. Enfin, Le confident raconte le calvaire d'un homme pieux qui a voué sa vie à la solitude...Isolé et dans le noir complet, il nous présente sa vie...Mais qui est le vrai confident ? Poétique, touchante, intimiste et noir, c'est une magnifique histoire qui clôt le recueil de Jean-Philippe Jaworski.

Profitons-en d'ailleurs pour signaler que l'auteur a écrit une très courte nouvelle, pour fêter son prix des Imaginales, intitulée Nuptiale et disponible ici gratuitement. Une histoire mêlant humour et chevalerie dans un style à la fois simple et étudié.

« C'est ainsi que j'ai sauvé mes billes. C'est ainsi que je suis entré au service du Podestat. C'est ainsi que je me suis installé dans son palais de Torrescella, dans une coquette petite chambre, juste sous le grenier où j'avais failli crever de soif. »

La conclusion de

Que reste-t-il à dire donc pour justifier l'excellent accueil qui fut réservé à Janua Vera ? Pas grand-chose finalement si ce n'est que le talent, le style et l'imaginaire de Jean-Philippe Jaworski se sont conjugués pour le meilleur et ont donné vie à ce Vieux Royaume qu'on ne se lasse pas d'explorer. Un recueil à ne pas manquer, vous offrant une « vrai porte » sur un monde foisonnant.

Que faut-il en retenir ?

  • Le style
  • La variété des nouvelles
  • Des personnages forts
  • Un monde prometteur

Que faut-il oublier ?

  • Le manque d'originalité des intrigues
  • Une première nouvelle faible

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