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Il est parmi nous >

Critique du Roman : Il est parmi nous

Avis critique rédigé par Manu B. le mardi 17 mars 2009 à 17:23

Petits macaques et petites guenons

"- Amuse-toi bien à sauver l'Univers, Dex ! fit sèchement Ellie. Et tente de ne pas descendre trop de bière !
- Tu es vraiment obligée de me gâcher le plaisir ? marmonna Dexter Lampkin avec aigreur.
Elle lui déposa un bécot sur la joue.
- C'est juste que je préfèrerais que tu n'enroules pas ta foutue Alfa autour d'un arbre, est-ce trop demander ? dit Ellie. On fait la paix ?
- On fait la paix, grogna Dexter avant de refermer la porte derrière lui..."


La quarantaine arrivée plus vite qu'il ne l'avait pensée, Dexter D. Lampkin ne se voyait pas là. Lui, l'idéaliste écrivain de science fiction vingt ans plus tôt, a laissé tombé ses rêves de chef d'oeuvre avec le flop mémorable de Son roman "la Transformation" il y a pas mal d'années maintenant. Et c'est par le biais de la télévision, grâce à ses scénarios pour les dessins animés du samedi matin qu'il peut s'enorgueillir de vivre plutôt bien, avec femme et enfant. Mais il n'a pourtant pas lâché le cercle de la science fiction et son phénoménal fandom, phénoménal dans tous les sens, car il parcourt régulièrement les allées des manifestations faniques pleines de gens costumés en elfes ou en jedis, et d'obèses dégarnis sentant la sueur rance. Il a même son fan club personnel et un groupe de scientifiques de renom avec qui il peut laisser aller ses rêves d'une histoire potable. Il est un écrivain raté et blasé, de son point de vue, profitant des conventions pour se rincer à l'oeil, fumer des joints et d'éventuellement tirer sa crampe avec une de ses fans. Jusqu'au jour où un agent de comiques plus ou moins connus l'appelle pour lui demander de s'occuper de l'un de ses nouveaux poulains, un homme singulier qui joue un running gag atypique: incarner un comique raté venu du futur pour tester ses vannes à deux balles sur le public d'aujourd'hui. Le plus troublant, c'est que ce fameux Ralf est incapable de sortir de son rôle, sitôt qu'il est sorti de scène. Ralf est toujours comme ça, railleur, potache et parlant de la future poubelle que deviendra la Terre dans quelques siècles...

Norman Spinrad n'avait plus été publié en France depuis de nombreuses années, depuis bleue comme une orange, en fait, en 2001, et pourtant, l'auteur américain a écrit trois romans: Mexica en 2005, the druid king en 2003 et il est parmi nous en 2003 à paraître en ce mois de mars aux éditions Fayard. Est-ce que ce roman a la veine et la verve de ses grandes oeuvres passées, à la hauteur de ses romans connus comme Rêve de fer, Jack Barron et l'éternité, les miroirs de l'esprits, Le Printemps russe, en direct ou rock machine ? Le thème paraît propice à l'une de ses critiques acides et drolatiques; et il fait feu de tout bois au dépend du show-biz, des mystiques et du fandom. Vous êtes prévenus.

On ne pourra se méprendre sur l'inspiration d'un personnage tel que Dexter D. Lampkin, car c'est dans son histoire personnelle que Norman Spinrad la puise: les conventions de science fiction, les agents, les scénaristes pour Hollywood, les producteurs et tutti quanti ! Il se cite d'ailleurs à travers Lampkin racontant quelques anecdotes - dans un procédé qui a toujours été délicat et jamais vraiment opportun -, mais il n'est, du reste, qu'une des nombreuses références, d'Arthur C. Clarke jusqu' à "Phil" José Farmer. C'est ce qui donne ce côté authentique à Lampkin, un côté qui ressort aussi lorsque ce dernier écume les manifestations faniques où l'on croise quelques spécimens assez excentriques, les costumés, les fétichistes, les allumés, les geeks de la SF et la base même du fandom. De l'extérieur, ils sont peut-être ridicules et font parfois honte aux écrivains qu'ils rencontrent, mais ils représentent le fond de commerce de tous ces auteurs grâce aux livres et aux dérivés. Norman Spinrad décrit avec (un peu trop de) férocité ces gens (parfois un peu marginalisés) qui investissent temps et argent pour parfois quelques auteurs qui n'ont, au fond, que mépris ou pitié pour eux. Si les descriptions sont drôles (le fandom américain est-il constitué exclusivement d'obèses ???), il charge un peu trop la barque et laissera un goût amer au fan de base qui sourira jusqu'à ce qu'il s'y reconnaisse. Mais bon, s'il prend conscience de ce qu'il représente réellement aux yeux d'un auteur, quel qu'il soit, il aura au moins gagné ça.
S'il s'en prend au fandom, il décrit aussi méchamment le show business, ses agents, les producteurs et le commerce du talent. Car Ralf ne devient - ou n'est, à la base - qu'un produit qu'il faut pouvoir exploiter, parce qu'il a dès le départ un potentiel en espèces sonnantes et trébuchantes. Après Jack Barron, on retrouve la verve de Spinrad dévoilant l'envers du décor hollywoodien dans le façonnage d'un produit à partir du matériau brut de Ralf. Mais pour une fois, le dindon ne sera pas celui qu'on pense.
Le dernier thème abordé dans ce pavé de près de sept cents pages est assez curieux. Il met en rapport le new age (le mystique) et la science fiction "dure". S'il choisit de les opposer farouchement, il finit en fait par les fusionner pour en créer une espèce de magma informe en rapport avec Gaïa. Il est parmi nous se rapproche dès lors dangereusement et sérieusement d'En terre étrangère d'Heinlein et le côté "peace and love" hippie. Sans doute tente-t-il de faire passer un message écologique tout à fait justifié (comme il l'avait plus judicieusement fait pour bleue comme une orange), mais c'est par une porte dérobée et absconse. Pas la meilleure, en tout cas, quand on mélange new age, zen et de quasi sectes mystiques. A ce propos, était-il nécessaire de faire autant référence à Ron Hubbart et son église de la scientologie, même s'il est vrai que c'est un modèle de réussite financière ?

Globalement, il est parmi nous est un roman de haute voltige, si ce n'est la partie Loxy Roxy (qui n'est, en fin de compte, pas à la hauteur de ce qu'on en attendait. Cette partie est même difficile à lire, à la longue, surtout pour les allergiques au langage sms. Mention spéciale aux traducteurs, au passage) et si ce n'est le côté hippy et libertaire. Il est temps de passer à autre chose, maintenant.

Il est possible que ce roman soit le chef d'oeuvre de Norman Spinrad, et dans ce cas je suis passé à côté de l'essentiel, comme dans "la Transformation" de Dexter. Mais il y manque, à mon avis,  une dimension pour l'élever à la hauteur de Jack Barron et l'éternité.
L'essentiel tient en quatre lettres: RALF.
Ce personnage est, dans toute la première partie, jouissif, politiquement incorrect, capable de répliques cultes, et ce n'est pas de la télé, bande de petits macaques et de petites guenons !

85

Norman Spinrad est un grand auteur et le prouve une nouvelle fois. Il est parmi nous fourmille de bonnes idées et dépeint le fandom et le monde du show-business avec parfois une justesse héritée d'une grande expérience. Mais si le roman regorge de passages fulgurants, on ne peut s'empêcher de penser qu'il aurait gagné en étant plus court et moins "mystique".

Critique de publiée le 17 mars 2009.

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