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Critique du Roman : Le Glamour
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Critique du Roman : Le Glamour

Avis critique rédigé par Manu B. le lundi 27 octobre 2008 à 1744

Imperceptible

"J'essaie de me rappeler quand tout a commencé, en évoquant mon enfance et en me demandant si un événement particulier a fait de moi ce que je suis. Je n'y avais jamais beaucoup pensé, avant, parce que, l'un dans l'autre, j'étais heureux. Sans doute grâce à mon père, dont la protection m'évitait de découvrir de quoi il retournait..."
Richard Grey est un rescapé malheureux. Rescapé car il a évité la mort dans un attentat à la voiture piégée. Et malheureux car il ne se souvient d'aucun des évènements précédant son "accident". Lorsqu'une jeune femme se présente à son chevet, sa banalité le pousse jusqu'à l'ignorer, du moins jusqu'à ce qu'elle annonce qu'elle était sa petite amie avant l'accident. Sa curiosité ainsi attisée, il décide de la connaître un peu afin de pouvoir égoïstement réveiller les pans entiers de sa mémoire perdue, une fois qu'il se sera remis de ses graves blessures physiques. Entre temps, son médecin le soumet, à des fins thérapeutiques, à une séance d'hypnose pour parvenir à combler les trous dus à son amnésie, pendant laquelle Grey subit une expérience visant à effacer de son champ visuel l'étudiante qui assistait à la séance. L'hypnose fait ressortir aussi d'étranges évènements survenus apparemment en France. De nouveau seul avec Susan, sa supposée fréquentation, il apprend qu'elle possède un don, le glamour, une capacité à être invisible aux yeux des gens. Il apprend aussi que Susan est aussi tributaire de son ancien petit ami, Niall, un être possessif et jaloux, qui a lui aussi le glamour, et dont elle ne réussit pas à se séparer...
L'histoire du roman est comme le roman. Il a un début mais probablement pas de fin. Une première mouture est parue en 1984, traduit en France sous le titre de "le don". Le roman a ensuite dû être remanié pour être diffusé à la BBC. Il a été refondu en 2005 pour coller aux avancées technologiques du moment. Autant dire que le nouveau texte a gagné en maturité et en modernité, tout en gardant en commun le thème ô combien intéressant de l'invisibilité. Les éditions Denoël Lunes d'encre publient donc ce roman remanié pour que les lecteurs du Don, et les autres, (re)découvrent ce texte injustement considéré comme mineur. Le dénouement plonge le lecteur médusé dans un vertige littéraire. L'écrivain anglais, qui n'a pas écrit de roman depuis la séparation en 2002, est particulièrement inspiré dans chacune des productions littéraires (On ne peut de fait, en faisant référence à Priest, parler de production pour celui qui n'a jamais su vivre de sa plume malgré la qualité de son travail). La question de savoir à quoi s'attendre en fin de compte taraude invariablement le lecteur priestophile dès la première page de chacun de ses romans.
Ça commence par un accident. Non. Je reprends. Ça ne commence pas tout à fait par un accident, mais ça se passe juste après, lorsque Richard Grey reprend conscience au monde, ce monde nouveau dans lequel il manque une fraction de la période précédent l'accident. Un gouffre temporel de plusieurs semaines. Comment s'est-il retrouvé dans cet hôpital, dans cet état avec ces gens-là ? D'ailleurs, le personnel est-il vraiment un personnel soignant ? L'amnésie rend paranoïaque. Et puis que veut cette femme, Susan, une femme quelconque, banale, passant quasi inaperçue dans les lieux publics, quasi invisible aux yeux des gens. Pourquoi affirme-t-elle qu'ils ont été amants ? Qu'est ce qui prouve qu'elle ne fait pas partie de la faction terroriste qui a organisé l'attentat de Grey ? Pourquoi raconte-t-elle qu'ils se sont rencontrés à Londres, alors que Richard Grey sait pertinemment qu'ils se sont vus la première fois dans ce train en route vers le sud de la France ? ça ne fait aucun doute. Et pourquoi prétend-elle qu'elle peut se rendre invisible puisque Richard peut la voir, même lorsqu'elle se dit invisible ? Et Niall, l'ancien petit ami jaloux, est-il réel ? Personne ne l'a jamais vu, personne ne peut témoigner de son existence. N'est-il pas né de l'imagination de Susan, construit par son esprit malade ?
Il y a une vraie problématique dans ce roman. D'une part, l'auteur y fait le portrait de personnages quoique peut-être un peu fous ou paranoïaques, et les rend, d'une certaine manière, attachants. D'autre part, le lecteur sait que l'un des deux personnages ne nous dit pas la vérité, soit parce qu'elle est tronquée, soit parce qu'elle est déformée, sciemment ou non. Si bien que si le lecteur s'identifie à Richard ou à Susan, il sait qu'il a une chance sur deux de tomber dans le panneau. Il se place soit du côté du personnage sain d'esprit, soit du côté du personnage délirant. A moins qu'il pote pour le rôle du schizophrène. Christopher Priest joue avec cette ambigüité, cette bivalence qui rythme de bout en bout le texte, alternant rêve et réalité, bon sens et folie, visibilité et invisibilité, Niall et Richard. Pour exemple, les débuts et les fins de différentes parties du roman correspondent à deux acceptations de la vérité aux antipodes l'une de l'autre. La fin infirme le début. L'effet n'en est que plus déroutant, un procédé semblable utilisé dans la séparation où jamais on ne sait qui détient la vérité. Au bout du compte, le glamour est un roman où le lecteur ne cesse de se poser des questions et participe au roman. Les hypothèses sont: 1- le lecteur est naturellement paranoïaque 2- il est influencé par la simple volonté de l'auteur 3- le lecteur est ou devient Richard Grey Si bien que 3- implique 1-, ou 3- implique 2- et que 1- implique 2-. Dans tous les cas, le lecteur passe son temps à danser sur un pied ou sur l'autre, esquissant ses propres chorégraphies conjecturelles, impliquant tel ou tel personnage.
Au final, ce roman est tout simplement passionnant, pour ce qu'il implique, pour son dénouement, pour ses personnages complexes, et particulièrement pour son développement du concept d'invisibilité non pas physique, mais physiologique, c'est à dire la capacité de passer inaperçu en société. Une définition de l'anonymat.

La conclusion de

A l'instar de tous ses romans, le glamour laisse le lecteur avec une quantité de questions laissées en suspend auxquelles il n'aura jamais de réponses. Un roman plus subtil qu'il n'y paraît.

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