Que ferais-je si le gouvernement me mentait et menait une politique de contrôle de l'information et d'extermination des opposants? Serais-je l'un de ces héros ? Serais-je un mouton ? ou bien deviendrais-je autre chose, un vengeur masqué prêt à unifier les uns et les autres pour faire tomber par les armes de l'information et de l'action violente un gouvernement totalitaire?
Cet homme c'est
V. Le film commence très bien en exposant ce héros étrange, décalé, fou par bien des côtés et pourtant douloureusement juste dans son mode de pensée. Tour à tour manipulateur et agitateur pour le bien et le réveil collectif. A contrario avec les mêmes armes, le gouvernement dirigé par un dictateur et des services organisés.
Bref en voulant faire un film novateur,
les frères Wachowski ont simplifié l'
Histoire (celle de la 2ème guerre mondiale) pour présenter un point de vue totalement manichéen sur un monde pas si éloigné du monde moderne. Etaient-ils obligés de caricaturer au point de nous présenter un pseudo-Hitler (malheureusement mal incarné par un
John Hurt pas libre d'exprimer son talent)? Pour qui ? pour les américains ? Ils n'ont rien compris au film, l'accusant d'encourager le terrorisme (?!?), pas étonnant quand on est devenu tellement maléable. Pour le reste du monde? Le reste du monde va mal, certes, mais n'a pas besoin qu'un blockbuster se vante d'être un film d'auteur. Tout cela pour que son héros s'esbigne sans cesse, ne soit pas la bras vengeur du peuple mais seulement de lui-même, même si le peuple y gagne, même si le peuple s'y confond.
La pensée du film s'arrête aux tours de passe-passe, aux faux-semblants, à la beauté formelle de cette Vendetta anthologique, à l'évidence et à la facilité.
Que reste-t-il un fois que le film se termine ? Des images belles, formellement impeccable et pourtant vides du sens que la production a mis en avant. Que reste-t-il au spectateur ? l'impression de l'entourloupe, la même que
V fait subir à tout le monde dans le film, un film faussement reflexif, diablement bête et raccourcissant la pensée, si c'est dent pour dent et oeil pour oeil (merci la Bible au passage), alors je resterais un éternel rêveur. Car les résistants de tous temps était des idéologistes et non des vengeurs, car la resistance c'est l'humanité, car la vengeance c'est la souffrance, celle des hommes et que la liberté ne s'aquiert pas, elle se revendique.
Le film est beau, beau et con à la fois, ça suffit pour un blockbuster mais c'est décevant une fois de plus pour les
Wachowski dont on espère bien plus. Une fois de plus (comme pour
Matrix 2 & 3) ils se révèlent plus doué pour poser les problèmes (
Matrix, la première moitié de ce V...) que pour les résoudre et conclure un film. Après le combat façon Dragon Ball Z de Matrix 3, on retrouve ici une fin prévisible mais surtout remise en rail par une pirouette. La beauté formelle des images finit par peser et devenir à la limite du supportable. Bref un film des Wachowski... qui n'ont décidement plus le coup de main.