Critique Mémoria [2008]

Avis critique rédigé par Manu B. le mercredi 4 juin 2008 à 10h20

De corps en corps

"- J'ai le droit de savoir pourquoi tu vas me buter, non? Demanda Norodom. Il ne se débattait plus. Il avait compris qu'il ne parviendrait jamais à briser la chaise sur laquelle il était ligoté, car l'inhibiteur neural que je lui avais posé sur la nuque l'empêchait de remuer le petit doigt..."
C'est le tueur le plus dangereux des mondes connus. Imprévisible et capable de frapper au moment où on ne l'y attend pas. Certains le croient invisible et invincible, d'autres pensent qu'il est venu d'une autre galaxie. On le dit vampire d'âmes ou voleur de mémoire; ce n'est pourtant qu'un homme qui a acquis le pouvoir de passer d'un corps à l'autre en s'appropriant la vie passée de son hôte, un pouvoir qui l'a poussé vers le macabre métier d'exécuteur de contrats. Mais comme chaque lame effilée a sa brèche, chaque armure a son défaut, le tueur sans visage a aussi son point faible...
Laurent Genefort a commencé sa carrière d'écrivain dans une des collections françaises les plus connues des années 50 à 90: Fleuve Noir Anticipation. Il fut d'ailleurs l'un des six derniers auteurs à y paraître: le n°1993 avec les voies du ciel. Après un grand prix de l'imaginaire en 1995 pour Arago, un prix Rosny ainé en 2002 pour Omale et une incartade dans la fantasy (cycle Alaet), il revient en SF pure et dure avec Mémoria aux éditions du Belial'.
Le roman part de l'idée simple que Greg Egan avait écrite dans la nouvelle le coffre-fort (du recueil de nouvelles axiomatique aux éditions du Belial'): c'est le passage d'une âme d'un corps à l'autre. Une possession. Si l'idée est simple, Laurent Genefort l'a fortement repensée pour en faire quelque chose d'ambitieux et de complexe. Une vraie réussite. Si le titre n'a a priori pas de connotation avec le temps, le début de ce roman fait pourtant songer à la patrouille du temps. Les points communs reposent non pas sur le fond mais plutôt sur la construction et sur le développement de chaque mission du personnage central. Pour preuve, les contrats de notre tueur (appelons le tueur car son nom n'est pas connu) l'emmènent sur de multiples mondes où les civilisations ont un fonctionnement très souvent dissemblable: ici elle est pyramidale dirigée par un tyran, l'autre est dictée par un ensemble de règles rigides et de castes, etc. Du coup, chaque mission l'oblige à de nombreux ajustements, que ce soit pour le corps qu'il investit, ou bien pour la société dans laquelle il pénètre. La chose se complique d'autant où notre tueur doit imaginer un stratagème pour éliminer sa cible en trouvant la subtilité qui garantira le succès. Le contrat finit inévitablement en enquête. L'auteur français construit donc son roman en ne puisant que le meilleur dans chacun des ces deux auteurs: la description minutieuse des rouages des sociétés de Jack Vance et les enquêtes fouillées de Poul Anderson.
Sauf que Laurent Genefort va encore plus loin. Il a aussi le souci de peigner un portrait complexe du tueur. Car ce dernier a une vraie conscience du bien et du mal, un élément qui surprend le lecteur en connaissant son passé. Pétri de doutes quant à la légitimité de ses actes, il choisit d'ailleurs ses cibles sur le seul critère d'une certaine morale personnelle. Ses contrats portent généralement sur des brutes sanguinaires, des gens cruels ou nuisibles à la société, ce qui révèle toute la complexité de son travail et de son libre arbitre. Alors quelle est l'origine de la rémanence de ces souvenirs ?

La conclusion de à propos du Roman : Mémoria [2008]

Auteur Manu B.
85

Mémoria est au final un roman très intéressant, tant sur le plan des civilisations décrites, que de la psychologie du tueur.

Acheter le Roman Mémoria en un clic

Nous vous proposons de comparer les prix et les versions de Mémoria sur Amazon, site de vente en ligne dans lequel vous pouvez avoir confiance.

Retrouvez les annonces de nos dernières critiques sur les réseaux sociaux

Sur Facebook | Sur Twitter