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Critique du film : King Kong [1933], par Lucie M.

Avis critique rédigé par Lucie M. le samedi 17 décembre 2005 à 21h06

C’est la Belle qui a tué la Bête !

Film des années 30, King Kong est à nouveau remis au goût du jour depuis la sortie de la spectaculaire adaptation de Peter Jackson. Il y a fort à parier que beaucoup de curieux se seront empressés de voir cette première version après leur vision de celle de Peter. Avant toute chose, il faut se replacer dans le contexte de l’époque; nous sommes dans les années 30 et King Kong est sûrement le premier film avec autant d’effets spéciaux d’une telle qualité pour son année de production. Il est évident qu’après avoir visionné le déluge de Peter Jackson on est plutôt enclin à être dubitatif devant celui de Merian C. Cooper ; de même que le caractère des personnages est bien loin de nous toucher. Bien sûr, les rapports entre les hommes et les femmes n’étaient pas tout à fait les mêmes à cette époque. Quand on voit le jeu de jambes de la belle "femme d’or", Fay Wray, au moment où le Kong la prend dans sa patte, on a donc plutôt envie de lui donner des claques. De plus, la vision de la femme que possède le personnage de Jack Discroll est très machiste, marqué par son refus d'en voir une embarquer sur un navire avec autant d’hommes. Un contexte qu’on à dû mal à avaler mais qu’on oublie vite pour se concentrer sur le film.
Et le prophète dit : La Bête regarda la Belle. Son geste meurtrier resta suspendu. Et depuis ce jour, la Bête est comme morte.
Ce proverbe arabe résume très bien ce que l’on ressent après la vision du King Kong de 1933. La Belle est insensible au charme de la Bête et, à cause de son amour, elle mourra. Ce manque de sensibilité envers l'amour du Kong m’a un peu déçue. On peut également penser qu’à cette époque cela aurait été mal perçu de voir une jeune femme ayant des sentiments envers un gorille. Déjà qu’à la première diffusion en salle, la censure avait fait retirer la scène où King Kong effeuille le costume de Fay Wray. Toutefois une scène restera très marquante dans l'interprètation d'Ann Darrow faites par Fay Wray. Cette scène est celle où Denham lui demande de mimer plusieurs sentiments devant sa caméra et cela témoigne du passage du muet au parlant. On remarque bien qu'avant les acteurs avaient le don de surjouer leurs émotions simplement en les mimant puisqu'ils ne pouvaient le faire avec leur voix.


En ce qui concerne les effets spéciaux, il est évident que la nature et la maîtrise des différentes techniques employées par rapport à l’époque sont impressionnantes. L'animation image par image (stop motion), orchestrée par Willis H. O'Brien est réussie. Et pour preuve, ce magicien du cinéma, père spirituel de Ray Harryhausen, n'est nul autre que l'un des inventeurs de cette technique dont il en avait fait la démonstration, huit ans auparavant, avec Le Monde Perdu. La transparence - filmer les acteurs jouant devant un écran où est projeté une séquence animée, avec laquelle ils doivent interagir, afin d'assembler les deux plans entre eux – est également de qualité. Toutefois ce qui est amusant est que ces techniques d’effets visuels sont très identifiables tout au long du film. Pour le Kong, la réalisation du gorille fait preuve d’un excellent réalisme surtout lorsqu'il joue avec ses victimes après les avoir vaincues ; comme à l’exemple de la scène où après avoir tué le terrible Tyrannosaure il ouvre, avec amusement, deux trois fois la mâchoire de ce dernier, mort. Néanmoins, les gros plans sur la gueule du gorille géant le font plutôt passer pour une belle peluche gardant malgré tout un regard authentique.

C’est Merian C. Cooper l’instigateur de ce grand classique populaire des années 30. Auteur de plusieurs documentaires consacrés à la nature, il eut l’idée un jour de faire un film sur une histoire d’amour pas comme les autres. Marqué par Le Monde Perdu d’Harry O. Hoyt où un Tyrannosaure se retrouve dans les rues de Londres, le réalisateur met ici en scène Kong, détruisant sans compter en parcourant les rues de New York, ainsi que des dinosaures en tous genres sur l'île. D’ailleurs quand on découvre le personnage de Carl Denham, animé d'un désir de faire un film innovant mêlé à une histoire d’amour, on ne peut que faire la corrélation entre Merian C. Cooper et ce dernier. Comme si le réalisateur ait voulu que le rendu de Denham, également réalisateur de documentaire naturel, soit autobiographique. Seule une histoire d'amour dans ses réalisations lui faisant encore défaut pour devenir un homme à succès. Toutefois on remarque que Merian C. Cooper est parvenu à son désir, en se faisant une renommée grâce à son Kong et une histoire d’amour singulière.

La conclusion de à propos du Film : King Kong [1933]

Lucie M.
70

Je pense réellement que ce film est plutôt une sorte de témoignage technique attestant qu’en 1933 on pouvait également réaliser des blockbusters. Même si le Kong de Merian C. Cooper se laisse regarder, les dialogues et le caractère des personnages ne nous accrochent pas tellement vue le décalage entre notre l’époque et celle du tournage. Egalement c'est un film charnière entre le parlant et le muet néanmoins si nous ne possédons pas une vision technique des effets spéciaux, ce film est simplement un vieux film fantastique en noir et blanc.

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