Dire que je n’attendais pas Dante 01
serait un mensonge. Le film avait tout pour révolutionner le petit monde de la science-fiction française. D’un côté il y avait le très expérimenté
Marc Caro, complice averti de
Jean Pierre Jeunet, et de l’autre
Pierre Bordage, l’un des plus reconnus parmi les romanciers officiant dans ce registre. Et histoire de me convertir totalement à sa cause, il y avait cette superbe bande-annonce qui laissait présager une ambiance au top niveau. Alors, après 88 minutes de film, qu’en est-il réellement ?
L’histoire se déroule sur
Dante 01, une prison spatiale naviguant au-dessus de la planète Dante, un lieu où vous n’y poseriez pas votre petit orteil faute de le voir fondre aussi vite qu’un morceau de glace placé dans un micro-onde à puissance maximale. A l’intérieur de cette station figurent les plus dangereux criminels qui ont accepté de servir de cobaye à diverses expériences - plutôt que de subir le châtiment de la peine de mort. La pseudo-tranquillité de la station va alors être mise à l'épreuve avec les arrivées d’un prisonnier nommé St Georges et d’une scientifique dénommé Elisa.
Les notes d’intentions de
Marc Caro étaient des plus louables, et surtout semblaient on ne peut plus sincères. Quand le réalisateur annonce avoir traité ses décors comme un véritable personnage, au visionnage de l’ensemble, cela paraît évident et pleinement réussi. Il en va de même sur ses intentions concernant le soin porté sur la lumière qui, d’après lui, évoque la tonalité émotionnelle. En effet, là encore le travail de
Marc Caro et de toute son équipe saute aux yeux. Quant aux effets-spéciaux, costumes et maquillages, ils n’ont rien à envier aux productions américaines. Sur la forme
Dante 01 montre l’investissement de toute une équipe technique pour un résultat digne de ce nom.
Mais voilà, dans un film la technique n’est pas tout. Quand
Marc Caro dit avoir porté un soin particulier sur l’histoire et sur les personnages de la station, à la vision de Dante 01, je reste un peu plus perplexe. Certes le scénario de base est intéressant, et d’une certaine manière faire évoluer une intrigue dans un univers carcéral comme celui de
Dante 01 laissait présager du bon, mais les personnages sont trop peu développés. Bien sûr nous les voyons tous à parts égales sur l’écran, mais leurs histoires, leur motivations, ce qu’ils sont ; rien portant sur ces domaines n’est évoqué. Tous ce que l’on sait d ‘eux, c’est qu’ils sont des prisonniers avec chacun des caractéristiques différentes. Le personnage de César (interprété par l’excellent
Dominique Pinon) correspond au leader des prisonniers, celui de Moloch (
François Hadji-Lazaro) au bon gros à qui il ne faut pas piquer la nourriture, où encore Raspoutine, une espèce de prophète cernant dès le départ le potentiel de St Georges (très bon
Lambert Wilson). Mais à aucun moment le film ne parvient à rendre les personnages un peu plus complexes et nuancés.
Il faut croire que l’univers carcéral ne porte pas vraiment chance puisque finalement
Dante 01 fait penser à
Alien 3 ; tous deux ont en commun l’environnement mais aussi la thématique religieuse. Mais tous deux partagent aussi le problème d’une idée ambitieuse desservie par des trous scénaristiques et une fin ridicule. Et ridicule est un petit mot. La fin est complètement soudaine, incohérente et se fait dans le summum du risible. Jusqu’aux dix dernières minutes,
Dantes 01 avait tout du film largement honnête, et cela malgré quelques défauts. Mais comment ne pas rester dégoûté par une telle fin ? Je n’ai pas réussi à faire abstraction de ce final et je suis donc sorti de la salle vraiment très déçu. Seul point positif, cela ne m’empêche pas d’espérer voir un jour prochain un futur grand film de science-fiction français puisque du point de vue technique les architectes de celui-ci ont prouvé que l’on en était largement capable.