Bon, quitte à se faire lyncher par une partie du staff
SFU, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Pour moi, une œuvre d’art, qu’elle soit littéraire, musicale, ou cinématographique doit être jugée autant pour le fond que pour sa forme. Dans le cas de
300, il convient donc bien de marquer les différences. Quand bien même les deux ne m’ont guère convaincu, mais à des degrés divers. Tout cela pour dire que, quitte à être accusé de chier sur la table, je m’insurge en tout bien tout honneur contre mes petits camarades qui ont mis des notes effleurant la perfection, ce qui reviendrait à dire que 300 est aussi parfait, et à tous les niveaux de lecture, que
Le Seigneur des Anneaux ou
Excalibur !
Pour l’aspect purement visuel, je dois admettre que
Zack Snyder a fait fort, très fort. Et peut-être même trop fort finalement. L’esthétisme très jeu vidéo (très agréable à l’œil dans un premier temps), agrémenté d’un ralenti par plan (astuce intéressante pour doubler la durée d’un métrage), contribue à plomber complètement la dramaturgie, accentue la distanciation du spectateur et finit par déshumaniser complètement un récit déjà égaré dans une orgie numérique. Il en ressort, pour ceux qui se s’extasient guère devant les pures performances techniques (les amateurs de belles images seront, eux, ravis de l’expérience visuelle) une lassitude grandissante, pouvant même amener l’ennui comme lors du visionnage d’une luxueuse démo - cf. mon voisin de fauteuil, qui a eu la décence de ne pas ronfler en dormant (; je lui dis merci). Par ailleurs, Je me demande comment cet homme a pu somnoler une demi-heure durant, car en plus d’être une véritable projection d’une galerie d’art de
Frazetta animée sur grand écran,
300 bénéficie également d’une bande sonore exceptionnelle, avec un mixage à la limite d’une expérience du
Futuroscope. Donc, il est vrai que
300 peut ne pas convaincre, mais force est de reconnaître la qualité graphique du travail effectué (avec des chorégraphie de combats parfaitement bien maîtrisées) et l’honnêteté d’un réalisateur ayant été jusqu’au bout de son idée première : construire une attraction encore jamais vue de
Sons et Lumières.
Ceci étant dit, passons au second point ; le fond.
Je vais tout d’abord jeter un voile pudique sur l’extrême manichéisme des protagonistes. Les péplums (même mythologiques, comme celui-ci) n’ont jamais été réputés pour leur finesse dans le domaine de la construction des personnages. Immanquablement on y trouve toujours le quartet ; vilains, gentils, traîtres et innocents. On pouvait donc admettre qu’ils soient également présents dans
300. On pouvait aussi légitiment accepter de tomber sur une véritable baudruche épique, du moment qu’elle fut remplie de testostérone et d’émotion. Hors, il n’en est rien. Car je dois le dire, on nage en plein n’importe quoi et il y a plus à rire qu’à s’émouvoir. Il y a tout d’abord cette véritable galerie de monstres ridicules et de personnages d’un kitsch absolu (le pire étant
Xerxès, un
Boy George géant couvert de piercings). Aucun n’est crédible, aucun n’est impressionnant, aucun n’est haïssable. Hors, comme on le sait bien, il n’y a point de récit poignant sans méchant à la hauteur.
Puis, il y a la teneur du « scénario » à proprement parler. Je ne connais pas le comic, je ne peut donc faire de comparatif, mais j’affirme que certains nanars de troisième zone bénéficient de plus de richesse que celui de
300. En prenant connaissance de ces dialogues niais, à peine digne d’une discussion de cour de récréation, ces déclarations enflammées d’un patriotisme douteux appelant à massacrer des dégénérés arabes et asiatiques (vil aglomérat notamment composé de lesbiennes, sadiques et homosexuels sadomasos) et ces lourds artifices scénaristiques (avec ce traître qui se balade devant le conseil oligarchique les poches pleines de pièces perses), on pourrait accuser
Zack Snyder de faire du prosélytisme « Gibsonien ». D’ailleurs, à ce sujet, je suis très étonné que personne n’ait cité cette étonnante ressemblance dans le final avec un certain
Braveheart (qui lui, au moins, avait réussi à me procurer une émotion). Bref, séquence après séquence, le réalisateur accumule les scènes d’un ridicule absolu ou symboliquement ambiguës, comme la position christique de
Léonidas lors du dénouement. Ainsi, même pris au premier degré (ce que j'ai tenté de faire), j'ai trouvé que derrière ce papier numérique rutilant, cela sentait quand même de trop le moisi.
Malgré tout, j’ai trouvé quelques satisfactions à la vision de
300 (en plus de son irréprochable esthétisme). La première est le rôle de premier choix offert à la reine de Sparte, incarnée par
Lena Headey. Un unique personnage féminin qui rassemble finalement les seules scènes dramatiquement correctes du film. On pourrait presque dire que pendant que les hommes s’exhibent sur la plage pour une pub de cosmétique, elle, au moins, elle joue ! Bon, cela ne vole jamais bien haut, en raison d’un méchant prévisible à souhait et particulièrement con, mais c’est déjà pas mal. Ensuite, il y a
Gerard Butler, qui franchement, m’a convaincu en roi Leonidas - pour la deuxième fois de suite, après une bonne performance dans
Beowulf. Il apparaît comme très à l’aise et dégage beaucoup de charisme dans ce rôle viril (guère subtil, il est vrai).Puis, pour finir, j’ai apprécié (là, c’est le passionné d’histoire qui parle) la justesse de l’équipement des
Spartiates (même si leur lance n’était pas équilibrée et ne pouvait donc être lancée, qu'ils portaient des cuirasses de bronze et d'épais vétements rouges dessous) et leur posture martiale assez fidèle à la réalité historique (pour le camp adverse, laissez tomber, c’est n’importe quoi, surtout dans le cas de ces
Immortels habillés en
Ninjas).