Je n’avais pas été totalement convaincu par le premier long-métrage de
Zack Snyder,
L'Armée des morts, remake efficace, mais inutile du classique de
George A. Romero. Savoir que
Zack Snyder allait réaliser
300 de
Frank Miller m’a laissé quelques inquiétudes. Puis arriva les premières images, et la bande-annonce, et depuis lors je n’avais cesse d’attendre ce film.
Le problème avec les bandes-annonces qui font vraiment saliver, c’est qu’il faut toujours s’en méfier. Parfois elles sont trompeuses, parfois elles introduisent les meilleures scènes. Cette fois-ci, il n’y avait pas erreur sur la marchandise,
300 est bien le film que laissait pressentir l’extraordinaire bande-annonce. Le film est-il parfait pour autant ? La réponse méritera débat !
300 est à la base une bande dessinée de
Frank Miller, un scénariste qui n’a plus à faire ses preuves dans ce domaine, mais qui a pendant longtemps boudé Hollywood suite à ses désastreuses expériences sur
Robocop 2 et
3. Mais tout cela était avant l’arrivée de
Robert Rodriguez, qui persuada
Frank Miller de coréaliser avec lui l’adaptation de son
Sin City.
Ici, il est question d’une guerre où luttent 300 Spartiates menacés par l'armée perse de Xerxès. Les Spartiates sont dirigés de main de maître par le roi Léonidas qui connaît parfaitement le terrain et où ce dernier préfère lutter jusqu’à la mort plutôt qu’être esclave d’un tyran. Il n’y a pas besoin de connaître les faits historiques pour comprendre que le film surfe plus du côté légende que faits réels. Les Spartiates dans ce film sont donc honorables, fines lames, certes pas tendres, mais ils demeurent beaux et gentils. L'armée de Xerxès, quant à elle, est souvent sans pitié, barbare et d’aspect difforme.

"Spartiates, profitez de votre déjeuner, car ce soir nous dînons en Enfer!"
À l’instar de
Robert Rodriguez pour
Sin City,
Zack Snyder arrête son choix pour un récit fidèle au roman graphique de
Frank Miller, tout en s’offrant un peu plus de liberté, en autres, il n’hésitera pas à imaginer les cases intermédiaires. De même, son découpage demeure très cinématographique et il n’hésite jamais à se servir de la caméra numérique et des fonds bleus pour opter sur des cadrages originaux et complexes, même si de temps à autres il en abuse. Si
300 n’est pas le premier film tourné entièrement en studio (le premier est
Capitaine Sky et le monde de demain), il est le premier à pousser le concept aussi loin. Chaque plan sont des toiles peintes, la richesse visuelle est impressionnante, et nous pouvons que rester béa devant un tel travail sur la granulation, la couleur et le choix pris pour ne pas coller forcément au réalisme, mais plutôt à des ambiances parfois carton-pâte.
Zack Snyder n’a pas inventé la poudre, même s’il fait preuve de beaucoup d’innovations et de créativité. L'un des derniers plans fait ainsi penser au film
Excalibur, puis d’autres à
Conan le barbare (de même que la musique par moment). S’il manque le petit truc pour propulser
300 à l’égal de ses 2 aînés, c’est peut-être justement à cause de certaines influences parfois trop flagrantes qui font esquisser un petit sourire du au spectateur, où un abus d’esthétisme, à l’exemple d’une scène d’amour aussi inutile que risible pour son parti pris visuel.

"un méchant qui fait froid dans le dos"
Malgré ces petits détails, le plaisir est intense et la pression ne se relâche jamais, le film est brutal, les têtes et les bras se propulsent dans les airs, les chorégraphies sont toutes aussi visueles qu’impressionnantes et surtout la distribution est réellement impliquée comme somptueuse.
Gerard Butler peut enfin exprimer son talent et surtout sa voix, car c’est par sa voix (anglaise) que l’acteur impressionne le plus. S’il avait jusqu’ici un don pour s’orienter vers les projets douteux (
Dracula 2000,
Tomb Raider)
Gerard Butler prouve ainsi qu’il peut porter un film de sa présence, car indéniablement, et cela, même avec la richesse visuelle du film, c’est bien lui que l’on retient le plus. Les autres acteurs n’ont pas à se cacher,
Rodrigo Santoro alias Xerxès campe un méchant redoutable qui (c’est le cas de le dire) fait froid dans le dos. Quant à l’unique rôle féminin, celui-ci a été assez étoffé pour offrir à
Lena Headey une présence aussi efficace qu’utile, permettant au public féminin de s’identifier à un personnage fort et subtil tout en assumant sa féminité.