L'Etrange Festival : Hwayi : A Monster Boy, Faults, Over your dead body et I Number Number

Publié il y a 2 ans par Jonathan C.

XXe édition du 4 au 14 septembre

Du 4 au 14 septembre au Forum des Images, vous pourrez célébrer les 20 ans de L'Étrange Festival anniversaire avec plus de 80 longs métrages dont des inédits, des avant-premières ou des perles rares. Une programmation atypique et variée, comme en témoigne ce mardi : un thriller d'action coréen, un huis-clos psychologique américain, un film de fantôme japonais et un film d'action sud-africain !

Le cinéma coréen n’en finit plus de bousculer les conventions du thriller. 10 ans après Save the Green Planet, Joon-Hwan Jang en apporte une nouvelle preuve avec Hwayi : A Monster Boy, dans lequel un jeune homme de 14 ans, kidnappé et élevé dès son plus jeune âge par un célèbre gang de criminels (les Serpents) qui l’emploie dans certaines missions, va découvrir d’où il vient et se retourner contre ses ravisseurs paternels.
Entre le film noir (la traque du gang de criminels, l’enquête sur l’origine du garçon…) teinté de comédie et le pur film d’action (surtout dans sa dernière partie), Hwayi : A Monster Boy surprend constamment et joue avec finesse et cruauté sur la psychologie ambiguë des personnages, tous instables et pas fiables. Le cinéaste navigue ainsi entre tendresse et violence, sur un flot de sentiments contradictoires.
Si le récit se traine un peu et devient confus (ça dure plus de deux heures) en dépit d’une mise en scène très efficace, il offre quelques gros morceaux d'adrénaline et d’action lorsque le jeune héros affronte ses « pères », notamment une course-poursuite en voitures et surtout une fusillade finale saisissante et virtuose (incluant mano a mano brutaux), un vrai carnage pour un climax intense et émouvant, jusqu’au superbe générique de fin (au bout duquel il faut rester !).

Alors que leur fille Claire est tombée sous la coupe d’une secte appelée Faults ("défauts"), des parents désespérés font appel à un spécialiste des victimes de sectes et de la déprogrammation mentale. La « déprogrammation mentale » consiste ici à kidnapper la victime et à l’enfermer pour tenter de la remettre dans le droit chemin. Traitant ici du sujet délicat des sectes mais d’une façon différente et plus décalée qu’un Martha Marcy May Marlene, le réalisateur Riley Stearns (dont c’est le premier long-métrage, après plusieurs courts-métrages remarqués) et sa compagne Mary Elizabeth Winstead (ici actrice principale et productrice) concoctent une comédie très noire se déroulant en grande partie en huis-clos dans une chambre d’hôtel.

Ce qui commence comme une farce caustique vire au duel psychologique tendu et glauque, mais toujours teinté d’un humour grinçant et d’une ironie glaçante. Le scénario joue avec ingéniosité sur les rapports de force entre les personnages, sur l’influence qu’ils exercent l’un sur l’autre, sur ce que chacun croit penser de l’autre, jusqu’au twist final jubilatoire. Le retournement de situation est aussi crédible que bien mené (la fille parviendrait presque à nous convaincre), et le sujet des sectes n’est finalement qu’un prétexte pour poser la question du contrôle de soi et des autres, et pour en explorer les mécanismes (à des fins ici purement ludiques).

Évidemment ça bavarde beaucoup, mais c’est suffisamment bien écrit et riche en rebondissements pour être captivant, d’autant plus que le film tient sur les interprétations fortes de deux acteurs étonnants car jusqu’ici trop sous-exploités : Mary Elizabeth Winstead (qui, en tant que productrice, se fait ici une vraie bande-démo d’actrice), qui joue aussi bien la jeune femme fragile et apeurée que la vamp inquiétante et manipulatrice (ça change de Die Hard 4, Scott Pilgrim vs. the World, Destination Finale 3, The Thing ou Boulevard de la mort), et ce bon vieux Leland Orser, éternel second couteau habitué aux atrocités (Seven, Alien Résurrection, Very Bad Things, Instincts meurtriers, Bone Collector, Los Angeles 2013, etc.) qui prouve avec ce rôle principal tragi-comique qu’il est un excellent acteur, parfait en loser radin et pathétique donc facilement influençable.

L’insaisissable et prolifique Takashi Miike revient aux fantômes avec cette nouvelle adaptation d’une pièce kabuki, Le Fantôme de Yotsuya, après le film qu’avait réalisé Keisuke Kinoshita en 1949. Mais il y a eu de nombreuses autres adaptations de cette célèbre pièce racontant comment un vil samouraï tente de se débarrasser de sa femme afin d'en épouser une autre plus riche, d’où trahison, meurtre et vengeance. Le Fantôme de Yotsuya, c’est justement la pièce que les deux amants de Over your dead body doivent interpréter, lorsqu’ils commencent à confondre la réalité, leurs fantasmes et la pièce qu’ils jouent et que des meurtres sont commis.

Miike construit un récit schizophrène ou se mêlent réalité et visions cauchemardesques, ou deux visions d’une même histoire, celle de la réalité et celle de la pièce, se superposent et s’entremêlent, donnant l’impression qu’il y a deux films en un : un thriller horrifique moderne et un film de fantôme se déroulant dans le Japon féodal. Miike rend ainsi hommage à tout un pan du cinéma japonais (notamment au Kwaidan de Masaki Kobayashi), à savoir le film de fantôme, mais en le secouant à sa sauce, d’où de purs élans horrifiques, sadiques et gores qui font froid dans le dos (d’autant plus que c’est particulièrement bien foutu et jamais cheap).

Plus le film avance, plus il ressemble à un cauchemar, au fil de fulgurances visuelles saisissantes et de séquences trash mémorables (la tentative de suicide). Miike fait preuve d’une étonnante maitrise narrative et formelle, loin de ses délires cartoonesques ou de ses expérimentations Z. C’est raconté avec fluidité et superbement filmé, dans une photo et des décors envoutants, rappelant un peu le Hara-Kiri : mort d'un samouraï du même Takashi Miike mais en plus onirique et horrifique. Le cinéaste iconoclaste n’en oublie pas l’humour, forcément noir et ironique (cf. la fin).

C’est pas tous les jours qu’on peut voir un film d’action sud-africain. Avec cette histoire basique d’un flic infiltré dans un gang de braqueurs et qui s’oblige à participer à un casse afin de les coincer, le réalisateur-scénariste-monteur Donovan Marsh (le rien-à-voir Spud avec John Cleese) trousse ici un thriller dopé à l’adrénaline partagé entre Infernal Affairs, Reservoir Dogs et un style à la Paul Greengrass.

Conscient de ne pas avoir les moyens de Michael Bay, Donovan Marsh préfère poser une tension efficace dans des séquences jubilatoires (cf. toute la partie à la Reservoir Dogs, notamment le coup des portables) et placer ses personnages charismatiques dans un jeu du chat et de la souris (cf. la dernière partie, en mode survival) que de se lancer dans une surenchère d’action, même si ça court, ça flingue et ça explose généreusement, au fil d’une bande-son qui pulse et d’une mise en scène rentre-dedans et éventuellement inspirée (certains plans sont chouettes). La gestion de l’espace est particulièrement bien gérée.

En dépit de décors très limités (deux extérieurs et un hangar), I Number Number n’est pas l’actioner kitsch auquel on pouvait s’attendre (et le cinéaste a le bon goût de ne jamais faire appel aux CGI) mais bel et bien un solide petit thriller, nerveux et rondement mené. Une série B musclée qui sent la sueur et la poudre, à la Walter Hill. Les deux héros sont attachants (le tandem fonctionne dès la scène d’ouverture) et les bad guys ont de la gueule (des tronches patibulaires sorties d’un western spaghetti). Même si très rudimentaire, l’ensemble a autant de répartie que d’énergie, et on ne s’ennuie pas une seconde en 90 minutes.

 

Jonathan C.

Lien permanent de partage |

Suis nous sur facebook !

Fiches de l'encyclopédie du fantastique en rapport avec l'article

Commentaires sur l'article

Réagissez à cet article en postant votre commentaire ci-dessous.Seuls les membres SFU peuvent poster leur avis.

Créez votre Espace SFU en moins d'une minute pour ajouter votre avis (et bien plus). C'est simple et gratuit !
Alors n'hésitez plus et venez rejoindre la communauté de Scifi Universe !

S'inscrire S'identifier En savoir plus sur « Mon SFU »