Bifff : adrénaline, voyage dans le temps et fantôme à la FNAC

Publié il y a 2 ans par Jonathan C.

Nos avis sur Once Upon a time in Vietnam, The Outing, Cold Eyes, I'll Follow you down et Viral

Au programme de ce lundi au Bifff : fresque vietnamienne, expérimental made in Suisse, espionnage sud-coréen, voyage dans le temps mélodramatique américain et comédie espagnole mêlant fantôme et téléréalité dans une FNAC. De tout et de n'importe quoi, du bon et du moins bon, explications :



Rien de tel que commencer une journée de festival avec un long-métrage qui vous propose un voyage dépaysant, qui plus est dans un Vietnam rocailleux et désertique aux couleurs assez vives pour donner l'impression, parfois, de revivre l'air du Technicolor. C'est ici le cas de Once Upon a Time in Vietnam de Dustin Nguyen (le Harry Loki de 21 Jump Street !).


Il était une fois...des envahisseurs étrangers venus d'un pays lointain avec pour objectif de conquérir le Vietnam. Maintes et maintes fois, ils ont été repoussés par l'élite des Moines. Quand la paix fut rétablie, certains de leurs frères retournèrent au sanctuaire. Quand aux maîtres qui étaient restés, ils furent liés par un serment de protéger l'empereur, de ne jamais déserter, de ne jamais fonder une famille ni d'avoir une liaison avec l'un d'entre eux. Maître Dao est l'un de ces moines guerriers, et après plusieurs années de combat il semble désormais réduit à parcourir le pays afin de traquer des « déserteurs », des hommes et femmes qui étaient autrefois des frères d'armes et qui ont trahi leur serment.


Vous aimez les séries B italiennes, de celles que vous découvriez dans les années 80 aux mixes improbables ? Vous aimez les combats d'arts martiaux qui ont aussi droit à leur petite romance ? Et plus que tout, aimez-vous voyager dans des lieux de terres et légendes ? Once Upon a Time in Vietnam c'est un peu tout ça et c'est et même encore plus! Entre ce guerrier de la route solitaire qui roule sur sa moto dans des décors à la Mad Max 2, ces combats de maîtres fortement influencés par Il était une fois en Chine ou encore ces petits villages isolés aux saloons équipés autant en whisky qu'en dames de compagnie, le spectateur est complètement transporté dans l'univers du western spaghetti, d'autant plus que l'introduction se pose d'emblée comme un hommage direct à Il était une fois dans l'Ouest (par moment on se dit d'ailleurs que Dustin Nguyen a des airs de Charles Bronson). Le film ne cessera ensuite de multiplier les clins d'oeil aux films de Sergio Leone, y compris dans la bande-son et dans les cadres. Pas de doute pour deviner ce qui a donc bercé l'enfance de Dustin Nguyen, qui cumule ici les postes d'acteur, réalisateur, scénariste et producteur. Et pour réaliser son entreprise dantesque (on ne peut pas voir cela autrement), bien que profitant d'une carrière américaine assez remplie dans le domaine de la télévision, le sympathique Dustin préféra se tourner vers ce qu'il qualifie lui-même comme « la crème de l'industrie du cinéma vietnamien », avec une équipe (aussi bien devant que derrière la caméra) issue de ce pays aux décors riches et merveilleux qui apportent une identité unique au film. Au final un retour aux sources pour cet homme né à Saigon.



Techniquement le film est, à quelques détails près, superbe. Comme évoqué plus haut, on retrouve des couleurs chaleureuses, chatoyantes et éclatantes qui rappellent l'ère du Technicolor, ce qui est à la fois beau et nostalgique, loin de la mode actuelle de ce qui se fait en terme de photographie. C'est très agréable de se replonger dans ce type d'images évoquant tout un passé cinématographique. Ensuite les chorégraphies autour des combats ou les ambiances sont soigneusement orchestrées ; Dustin Nguyen est certainement aussi fan de Tsui Hark que de Sergio Leone tant il empreinte énormément à ces deux réalisateurs. Certes cela a pour conséquence de ne pas lui conférer une patte qui lui serait personnelle, bien que récupérer la mise en scène de ces deux monstres pour en faire une sorte de mixte peut être considéré comme une « touche personnelle » (après tout, c'est ce qu'a fait plus ou moins Tarentino). Mais Dustin Nguyen aurait dû opter pour des effets spéciaux plus traditionnels, sa plus grosse erreur étant peut-être de choisir le numérique pour donner vie à certains de ses délires, car c'est sur cet aspect que le film pointe ses plus grandes faiblesses. Les choix de cadrages sont judicieux, mais les incrustations des CGI à l'écran sont plus que bancales et ont pour tendance de nous sortir de l'histoire. C'est d'autant plus que dommage que le reste de l'équipe vietnamienne a fait du très bon travail.


Côté scénario, là encore les influences sont piquées par-ci par-là pour construire une histoire qui n'en reste pas moins unique, puisqu'ancrée dans des traditions vietnamiennes et aussi dans une approche relationnelle assez intéressante entre les personnages. Ainsi, on constatera que malgré les apparences il n'y a pas vraiment de méchants ou de gentils (excepté peut-être le personnage inoffensif et touchant du boulanger). Certes il y a des sentiments souvent excessifs et/ou à fleur de peau, mais il est amusant de voir que Nguyen confère plus ou moins une dose d'égoïsme à tous ses personnages. Cependant, ne voyez pas là une histoire qui va vous faire réfléchir ou philosopher, car Once Upon a Time in Vietnam est clairement une série B qui n'a nulle autre prétention que de distraire et faire passer un bon moment. Malgré sa générosité et sa sincérité, Once Upon a Time in Vietnam n'atteindra jamais la richesse des films auxquels il emprunte, mais il n'en reste pas moins très plaisant à découvrir.


(Avis de Once upon a time in Vietnam par Richard B.)


 



Nous avions déjà vu le germano-suisse The Outing au NIFFF 2013 et nous n'avons pas changé d'avis à son propos. Lorsqu'arrive un premier long-métrage au budget modeste, on sait que le film sera rarement parfait mais qu'en contre-partie il aura cette énergie du premier film qui, par la suite, aura tendance à disparaître chez les cinéastes. Parfois, on a même de très belles surprises en la matière, et des budgets modestes peuvent surpasser des films aux moyens plus considérables. En allant à la découverte d'un film comme The Outing (anciennement Der Ausflug) on n'attendait donc pas un film parfait, mais au moins un film ingénieux, généreux, doté de personnages à minima solides. On aurait voulu ne pas être méchant, mais à la vue du résultat, le constat est pourtant sans appel : The Outing est le plus bas niveau de cette sélection internationale, mais également un film réellement très mauvais.

Dès le début ça commence plutôt mal, avec son générique façon James Bond du pauvre ou série télévisée des années soixante (on vous laisse le choix), mais on pourrait penser, vu la photographie du film (délavée et télévisuelle), que cela s'inscrit dans les intentions du cinéaste. Hors il n'en est rien, car au fur et à mesure que défilent les 90 minutes de The Outing (qui semble en durer le double), les mauvaises idées s'accumulent : esthétique et ambiance très années 60 mais personnages équipés de téléphones cellulaire et quelques autres appareils modernes, protagonistes crétins, final prévisible, surlignage grossier de chaque détail, dialogues balourds, sans compter le très mauvais jeu des acteurs (malgré la barrière de la langue, ça se voit). Rien ne semble fonctionner dans The Outing, tout juste peut-on rire du ridicule de certaines situations, comme ce moment où les trois héroïnes se cachent derrière des arbres encore plus fins qu'elles pour éviter de croiser le chemin de trois chasseurs ivres (évidemment !), l'un d'eux se balladant même avec un pendule qui lui indique le chemin de ses proies. En gros le meilleur passage interviendra lorsque le générique de fin arrive, mettant fin à notre calvaire et nous permettant de sortir de la salle.


(Avis de The Outing par Richard B.)


 



Si Cold Eyes rappelle dès les premières minutes fortement l’excellent Filatures réalisé en 2007 par Nai-Hoi Yau et produit par Johnnie To, c’est justement parce qu’il s’agit de son remake sud-coréen. On pourrait jouer les rabat-joie en se demandant quelle est l’utilité de ce remake (comme de la plupart des remakes), mais on pourrait aussi apprécier à sa juste valeur ce formidable film d’espionnage d’une redoutable efficacité qui parvient à tenir en haleine pendant deux heures là où le film original ne durait que 90 petites minutes. Il s'agit toujours ici de suivre une équipe de surveillance urbaine dans sa traque d'un gang de braqueurs.


Voilà donc un cas assez unique, ou le cinéma sud-coréen s’empare d’un sujet, d’un contexte et d’un genre profondément ancrés dans le cinéma HK depuis les années 80, avec ces nombreux polars, thrillers d'action et films d’espionnage qui décrivaient avec autant de réalisme que de romanesque un milieu policier, ses agents, ses méthodes, ses règles, ses missions…L’architecture, la géographie et l’Histoire d’une Hong-Kong foisonnante justifiaient pleinement cette vague de néo-films noirs paranoïaques aujourd’hui dirigés par des artisans compétents comme Dante Lam, Andrew Lau et autres Benny Chan. Si Cold Eyes délocalise l’histoire en troquant Hong-Kong par Seoul, ça ne change finalement pas grand-chose, ni dans le fond ni dans la forme (il y a même l’équivalent sud-coréen de Lam Suet). C’est un polar coréen qui ressemble fortement à un polar HK, y compris dans son esthétique (décors urbains, réalisation alerte, multiplicité des angles et des points de vue…). Le fait est que la version coréenne parvient à surpasser la version Hong-kongaise en allant plus loin dans l’efficacité.


La sensation stressante qu’il ne faut absolument pas perdre la proie de vue est encore plus forte ici. Le moindre faux geste, la plus petite erreur, le regard en trop, le détail auquel on ne pense pas, tout ça peut faire chavirer le bateau et foirer l’opération, risque que le film fait bien ressortir, notamment en s’attachant à l’apprentissage crédible d’une jeune élève par un vieux routard du métier. Sur chaque membre de l’équipe pèse le poids de lourdes responsabilités, d’où le doute et la crainte qui peuvent s’installer chez eux. Travail d’équipe (impeccablement représenté lors des missions, notamment dans les relais), sens de l’observation (qui peut sauver la vie), responsabilités et persévérance, tels sont les maitres mots de ce Cold Eyes, qui nous fait faire inconsciemment un vrai travail de mémorisation. Ce qui était évidemment déjà le cas dans Filatures.



Gérant la tension avec maestria et instaurant une saisissante impression de temps réel, les eux réalisateurs Ui-seok Jo (le thriller The World of Silence) et Byung-seo Kim (à la base un chef opérateur) transforment des séquences de filature palpitantes en de véritables morceaux de bravoure, la filature centrale s’étalant même sur quasiment une demi-heure. Comme Filatures, Cold Eyes est un film en mouvement perpétuel, qui avance constamment, à la fois nerveux et toujours très lisible alors qu’il se déroule en pleine ville et dans la foule. L’utilisation du format 2.35 devient alors essentielle, un gros plus par rapport au film original (qui était en 1.85). La réalisation, rentre-dedans et sur tous les fronts comme si elle exploitait les caméras de surveillance de la ville, joue à fond sur l’immersion (cf. le plan-séquence de la baston dans le couloir ou la caméra embarquée sur le personnage en pleine chute) et témoigne d'une indéniable maitrise de l’espace (utilisation judicieuse et très géographique des plans, des travellings, de la profondeur de champs, etc. la caméra suit à la fois les flics cachés et les cibles traquées, souvent dans un même plan), ce qui permet aux nombreuses filatures du film d’être très fluides et captivantes (sur une bande-son qui pulse à la Jason Bourne).


Cold Eyes ne s’attarde pas longuement sur la psychologie des personnages puisqu’elle est développée au cœur même de l’action, notamment les relations attachantes entre le flic mentor et sa jeune élève. En pleine intensité, sans baisse de rythme et sans lourdes pauses du genre psychologie de comptoir, il en résulte quelques beaux mais brefs moments d’émotion (les blagues du mentor, les gaffes de l’élève…). Le récit maintient du début à la fin les enjeux, l'adrénaline et un certain mystère, comme dans l’énorme séquence d’introduction, ou se mêle avec autant de clarté formelle que de confusion (qui suit qui, qui fait quoi…) une fausse filature et un vrai braquage, croisement qui aura bien sûr des répercussions sur la suite d'une intrigue aussi simple que bien troussée (malgré quelques évènements hasardeux). Quelques fulgurances très référentielles d’action pure (la cascade façon Taxi avec les voitures de flics au début, le gunfight sur le périph évoquant du Heat, le tueur qui castagne une dizaine de types dans le couloir façon Oldboy…) parsèment cette traque haletante. Dans son concept de tension urbaine non-stop reposant sur la connectivité technologique et sur l’idée de garder le contact à tous prix, Cold Eyes rappelle le Connected de Benny Chan ou le Infernal Affairs d’Andrew Lau, qui étaient d’ailleurs eux aussi des remakes.


Comme dans le film original, il y a beaucoup d’humour, des dialogues affutés, des personnages attachants, un bad guy charismatique (campé par Woo-sung Jung, le héros de Le Bon, la brute et le cinglé, de Musa princesse du désert et de Phantom : the Submarine), une actrice mignonne comme tout (Han Hyo-joo, superstar dans son pays) qui sait quand même bien se battre (cf. la scène courte mais jouissive sur le terrain vague), un traitement ludique qui fait appel à la vigilance et au sens de l'observation du spectateur, une immersion crédible et une réelle authenticité dans la description de la team d’espionnage. Sans oublier une apparition surprise à la fin. Avec Cold Eyes, le cinéma coréen fait mieux que le cinéma Hong-kongais et le bat sur son propre terrain de prédilection.


(Avis de Cold Eyes par Jonathan C.)


 



En toute honnêteté nous allons pas trop nous attarder sur I'll follow you down qui, en dehors de son casting plutôt impressionnant et de son sujet à priori attirant, nous a plutôt déçu. Car il faudra bien reconnaitre qu'il n'y a là pas grand-chose à dire sur ce dernier tant le mot d'ordre est « conventionnel » à tous les niveaux.


La dernière fois qu'Erol (Haley Joel Osment) a vu son père, ce fut en 2000 dans l’aéroport de Toronto alors que son papa Rufus Sewell était en partance pour assister à une conférence aux États-Unis. Ce dernier a soudainement disparu. Non pas qu'il soit mort ou parti se construire une nouvelle vie ailleurs, mais il a "tout simplement" eu la mauvaise idée de se perdre en 1946 avec la machine à remonter le temps qu'il a lui-même inventé. Du moins, c'est ce qu'apprend Erol 13 ans plus tard de la bouche de son grand-père (Victor Garber) qui ne renonça jamais à essayer de retrouver la formule magique qui lui permettrait de retourner dans le passé, de retrouver son fils et de rétablir ainsi un "meilleur" présent. Alors que sa mère Gillian Anderson déprime, Erol commence ainsi à travailler sur ce projet avec son grand-père. Mais voilà, est-ce vraiment une bonne chose de jouer avec le passé et risquer de repartir à zéro alors qu'on est soi-même très amoureux et bientôt père de famille ?


Ce qui marque le plus dans I'll follow you down c'est de façon évidente son casting puisqu'il permet de retrouver sur grand écran des acteurs devenus cultes pour un film ou une série « emblématique ». Nous avons donc un Haley Joel Osment (Sixième Sens, A.I. : Intelligence Artificielle) en mode plus vieux et quelque peu plus enveloppé, Gillian Anderson (X-Files) non plus en rousse mais en blonde, Rufus Sewell (Dark City) ou encore Victor Garber (Alias, Titanic) qui quant à eux se trimbalent toujours avec les mêmes têtes. Avec un casting aussi classe que celui-ci on aurait bien voulu que le film de Richie Mehta le soit tout autant, surtout qu'on avait un pitch de voyage dans le temps à la Retour vers le futur pour nous bercer d'illusion. Mais sans être mauvais, I'll follow you down est d'une platitude technique et scénaristique à tous les niveaux et prêche même la valeur familiale de manière assez indigeste.



Dans les grosses lignes, une fois l'histoire de la disparition lancée, il ne se passe rien durant plus d'une heure, ça tergiverse à n'en plus finir. Nous avons donc le droit aux habituels refus du héros au tout départ de se lancer dans l'aventure en reprenant les recherches du paternel, puis arrive l'élément qui fera tout basculer pour qu'il se décide à se plonger dans le travail jusqu'à ce que d'autres situations l'amènent tout d'abord à renoncer pour après repartir de plus belle. Une fois que tout ça est passé, on arrive enfin à la partie « voyage temporelle » qui se réduira à tout juste 20 minutes ! C'est quand le film décolle enfin et devient intéressant qu'il se termine (et on aura même pas vu Einstein). Et le prétexte de tous ces évènements sera juste de nous apprendre qu'il n'y a rien de plus beau dans la vie que sa famille et qu'elle mérite bien tous les sacrifices. C'est beau non ?


Alors, oui vous me direz qu'un peu de naïveté et de beaux sentiments dans notre monde ou les valeurs viennent à se perdre ne serait pas forcément de trop, mais il y a la façon faire, et dans l'état actuel I'll follow you down y va de manière trop peu subtile et moralisatrice pour que le message touche le spectateur. Et comme techniquement le produit est correctement emballé, mais sans vraiment posséder quoi que ce soit qui amène un parti pris de mise en scène donc un minimum de style ou de personnalité, on a bien du mal à dire que le film dégage un intérêt autre que celui de revoir un casting d'acteurs qui nous ont marqués par le passé dans des rôles emblématiques.


(Avis de I'll follow you down par Richard B.)


 



On termine la journée par une comédie fantastique espagnole. Une histoire de fantôme à la FNAC sur fond de téléréalité et de réseaux sociaux ? Pourquoi pas ! C’est ce pitch et ce contexte qui font toute l’originalité de Viral, sorte de En Direct sur Ed TV à la sauce espagnole et actualisée (il ne s’agit plus ici de télévision mais de réseaux sociaux). Un jeune homme est sélectionné pour participer à un show. Le défi : rester enfermé une semaine dans une FNAC, être filmé en permanence et obtenir plus de 10 000 fans sur un réseau social (il n’est pas nommé mais on pense fort à Facebook), ce qui lui permettrait d’obtenir une grosse cagnotte. Alors qu’il a commencé son séjour dans la célèbre enseigne multimédia, notre candidat, alors appelé « le geek », se rend compte qu’un fantôme ère dans cette FNAC. Il se met alors à enquêter, ramenant par conséquent de nombreux fans Facebook. Mais si le jeune homme s’est lancé dans cette aventure, c’est aussi pour les beaux yeux d’une vendeuse de la FNAC (campée par Aura Garrido, remarquée dans The Body).


Ça partait pourtant bien : générique de début fun, réalisation en plans-séquences steadycam, décor familier de la FNAC, pitch aguicheur (qui n’a jamais pensé délirer une nuit dans une FNAC, avec tout ce beau matos à disposition ?), acteur principal sympathique, de bonnes idées…Mais ensuite, c’est la désillusion. Si le film peut faire sourire à quelques reprises, il ne provoque jamais l’hilarité, alors qu’on reste dans le cadre d’une comédie fantastique. Viral semble avoir le cul entre deux chaises, entre le second degré potache et le premier degré dramatique. Niveau second degré potache, c’est très timide. Jamais le personnage, finalement très chiant et pas fun du tout, ne trippe dans la FNAC et n’assure le show. Tout ce qu’on retient, c’est une poignée de clins d’œil estampillés geek (Star Wars, forcément) et l’amusant personnage du vigile de nuit (et au fait, que devient-il ??). Au lieu de faire décoller le concept dans la comédie horrifique, le fantôme vient au contraire annihiler toute chance pour le spectateur de s’amuser.



Niveau premier degré dramatique, l’histoire avec le fantôme de la fillette est prise terriblement au sérieux alors qu’elle se révèle d’une grande banalité (un drame a eu lieu il y a des années sur les lieux, blablabla) et sombre dans le ridicule lors du dernier tiers, jusqu’à une fin frustrante et expédiée (bouh le twist tout pourri). En tapant dans le registre de l’épouvante (genre que les espagnols maitrisent parfaitement), le réalisateur Lucas Figueroa parvient à effrayer deux ou trois fois (par exemple lors de la première apparition de la fillette assise dans le dos du héros) mais ça ne va jamais bien loin et c’est le plus souvent raté, surtout lorsqu’il déborde sur le found-footage le temps de quelques scènes. Dommage, car il y avait quelques idées visuelles intéressantes (un sabre-laser en guise de lampe-torche) et un sujet en or pour une réflexion sociale intéressante.


Le principal défaut de Viral, c’est aussi ce qui fait sa particularité : la FNAC. Tourner dans une FNAC impose de nombreuses limites, impératifs et contraintes techniques, surtout pour un jeune cinéaste qui réalise là son premier long métrage, qui n'a aucun pouvoir et qui est donc très malléable. Ainsi le film semble avoir été réalisé à la va-vite, il n’y a aucune casse dans le décor (au revoir le fantasme d’une FNAC destroy), tout reste toujours très sage (ha si : le fantôme tue un hamster !), sans folie ni violence, et c’est truffé de placements de produits (ce dont le réalisateur joue, cf. la tenue sponsoring d’Adidas que doit porter le héros). Ça ne part jamais en vrille comme on l’attendait, et le décor atypique n’est finalement guère exploité. Viral reste avant tout un film sponsorisé par la FNAC, donc un film totalement inoffensif, insipide et sans grand intérêt (si ce n'est de trôner dans les rayons dvds de la FNAC) qui cible avant tout les trentenaires geek, qui doivent en avoir un peu marre qu'on se foute de leur gueule. Un Álex De La Iglesia aurait fait une merveille subversive avec un tel pitch et transformé ce concept sponsoring commercial en une satire de la société de consommation et des réseaux sociaux.



(Avis de Viral par Jonathan C.)

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