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L'Etrange Festival : Jour 6 et 7

Publié il y a 3 ans par Jonathan C.

Surnaturel franchouillard, mutations dans les Alpes et zombie domestique

Deux jours de plus à l'Etrange Festival, avec du divers et varié : un documentaire sur le surnaturel dans la province française, un film de monstres autrichien et un film d'auteur-zombie japonais, sans oublier un focus sur le culte Starcrash.

L'autre Monde affiche

En parallèle à sa carrière cinématographique, Richard Stanley (Hardware, Le Souffle du démon, et un peu de L'ile du docteur Moreau avant que John Frankenheimer ne reprenne les commandes) a aussi plusieurs documentaires à son actif tels que Voice Of The Moon, The White Darkness ou encore The Secret Glory (projeté lui aussi durant cette édition de l'Etrange Festival). Ces diverses réalisations ont toutes pour spécificités de traiter de sujets assez excentriques, par exemple, dans le cas de  The Secret Glory il s'agissait d'une thématique autour de la recherche du Graal par des soldats SS, ce qui aurait inspiré l'histoire de Indiana Jones et la dernière croisade. Richard Stanley aime donc explorer des sujets atypiques, et L'Autre Monde (rien à voir avec le film homonyme incluant Louise Bourgoin) n'échappe pas à la règle, s'imposant même comme son projet le plus personnel puisqu'il se trouve aussi en position de témoin. Suite à  The Mother of Toads - un segment qu'il réalise pour une anthologie intitulée The Theatre Bizarre - Metaluna Productions, via Jean-Pierre Putters et Fabrice Lambot, s'associe une nouvelle fois au réalisateur pour l'aider à donner vie à son nouveau sujet. Karim Hussain, qui avait lui aussi participé à cette anthologie, participe d'ailleurs lui-aussi à ce documentaire puisqu'il en  assure la photo. Une photographie qui est par ailleurs la plus grande qualité du métrage, puisque Hussain compose ici quelques plans magnifiques mettant particulièrement en avant les lieux de tournage.

Avant toute chose, de quoi peut bien traiter cet Autre Monde ? Il s'agit d'un film  d'une durée avoisinant les 90 minutes et traitant de phénomènes paranormaux se déroulant dans le Midi-Pyrénées et dans le Languedoc-Roussillon. Le cinéaste cible plus particulièrement Montségur et ses légendes autour de portails traversant le temps et amenant des apparitions  fantomatiques, mais aussi Rennes-le-Château, lieu dans lequel un prêtre avait acquis la réputation d'avoir conclu un accord avec les forces obscures, ou encore un mystérieux territoire qui dissimulerait de nombreux trésors dont le Saint-Graal. Enfin Bugarach, site idéal pour les sectes et chercheurs d'aliens puisque sa montagne serait connue pour abriter des vaisseaux extraterrestres.

Pas vraiment ennuyeux grâce à des interventions souvent drôlatique, de belles images et une musique de Simon Boswell instaurant un certain rythme, L'Autre Monde souffre surtout d'un problème d'écriture avec une forte tendance à partir dans tous les sens et ne sachant pas trop s'il doit opter sur un ton premier degré ou, inversement, complètement loufoque. Le début du métrage est d'ailleurs la partie qui constitue la plus grosse problématique, les répliques n'étant pas toujours audibles et le récit ayant tendance à partir dans tous les sens. Il y a donc toute une première partie qu'on ne saisie pas vraiment. Et si Richard Stanley semble concerné par son sujet, racontant avec un grand sérieux sa rencontre surnaturelle, à côté de ça il n'hésite pas à mettre un contrepoint avec une approche parodique, laissant la parole à des personnages extrêmes dans leurs affabulations ou à d'autres intervenants non acquis à la cause (dont les Maires des villes concernées) et qualifiant justement ces croyants d'illuminés. Le personnage est quant-à lui un sorcier du coin qui apparait si ridicule, avec ses portes temporelles et lieux de cultes ou figure des objets sacrés tels que Buzz l'éclair, qu'il en devient presque touchant, complètement déconnecté de la réalité et donc incapable d'être un témoin crédible.  

Au final , L'Autre Monde rappelle l'émission de France 3 Striptease, ou l'on se retrouve face à des portraits d'individus hors-normes qui prêtent souvent à sourire. Pas certain que ce soit le but recherché par le réalisateur, mais au demeurant il est difficile de prendre autrement ce documentaire.

The Station affiche

Après Siege of the Dead, démarcation originale du film de zombies, l'autrichien Marvin Kren revient avec The Station, un petit film de monstres old school fortement influencé par les classiques The Thing et Alien, évoquant aussi, plus indirectement, des films comme Starship Troopers, Isolation ou The Descent. Dans une station de ski hors-saison, des chercheurs découvrent que les animaux du coin, touchés par des émanations toxiques inconnues, ont muté avec des insectes : sur ce pur pitch de série B, le réalisateur utilise efficacement et sincèrement les codes du genre, trouvant un bon équilibre entre humour et angoisse.

Comme de coutume, le récit va crescendo dans la tension, révélant ses monstres dans des séquences stressantes à souhait (l'attaque de l’oiseau, la cabane…). Marvin Kren exploite les superbes décors atypiques des Alpes italo-germaniques (c'est plus précisément tourné dans le Haut-Adige, en Italie), parfaitement adaptés aux monstres et au registre fantastique (le mystérieux liquide rougeâtre sur les rocheuses fait son petit effet, le plan final est d'ailleurs impressionnant), instaurant une atmosphère étrange bercée par une bande-son inquiétante.
Le réalisateur choisit de refuser les CGI pour de vrais SFX à l'ancienne, plutôt réussis, que ce soit les créatures ou les quelques effets gores. En revanche, le petit budget l'oblige à filmer ces scènes à effets spéciaux en plans serrés, d'où quelques problèmes de lisibilité et des jump-scare maladroits qui ne nuisent cependant pas au suspense.

Les personnages sont bien esquissés (le réalisateur donne un rôle très fun à sa propre mère), le héros-loser campé par Gerhard Liebmann (vu dans Lourdes avec Léa Seydoux et, comme sa partenaire ici, dans Bienvenue à Cadavres-Les-Bains) est attachant, et même le chien est particulièrement convaincant (d'où une scène assez émouvante) et a son importance dramatique, en plus d'être un clin d'oeil évident à celui de The Thing. Puis un film de monstres autrichien, c'est assez rare pour être signalé.

The Station

Changement de registre avec cet intriguant Miss Zombie. Réalisateur atypique ayant autant tapé dans le cinéma expérimental underground que dans le V cinéma, le dénommé Sabu (en réalité Hiroyuki Tanaka) surprend avec ce Miss Zombie quelque part entre le Fido d'Andrew Currie, du Shinya Tsukamoto et du Ozu. Le film suit une femme zombie de "niveau faible" (donc presque humaine et docile) employée comme domestique dans une famille, qui reçoit le "colis" dans une cage, avec un mode d'emploi, des recommandations à la Gremlins type "ne pas lui donner de viande" et un pistolet au cas ou le produit se révèle agressif. Si le pitch (et son titre) est celui d'une comédie potache (à la Fido, justement), le résultat est tout autre : lent, lancinant, mélancolique, volontairement répétitif, Miss Zombie fait du personnage-titre une mystérieuse victime sur laquelle se défoulent les gens (elle se fait humilier, lapider, poignarder, violer...), à l'exception du couple, qui la voit plus comme une humaine. La femme-zombie agit effectivement tel quel : elle vient travailler, puis rentre chez elle. La vie métro-boulot-dodo d'un zombie.

Esthétiquement superbe, dans un noir et blanc onirique et très contrasté (mais le passage en couleurs est aussi bien vu que magnifique), Miss Zombie contourne le piège de la "condition existentielle du zombie" et exploite plutôt la figure du mort-vivant pour développer une étude de mœurs glaçante symbolisant une société japonaise déshumanisée, ou chacun se consacre à son travail sans se soucier de l'autre, dans une monotonie léthargique et mécanique parfaitement retranscrite dans la rythmique très typée Yasujiro Ozu du récit. En dépit du sujet casse-gueule et potentiellement scabreux qu'il aborde avec un très faible budget, Sabu fait preuve d'une vraie pudeur, d'une étonnante finesse, son film se révélant très émouvant dans son dénouement (le passage en couleurs, le flashback sur le passé de la zombie, l'interminable cri de désespoir et de tristesse, les retrouvailles mortifères avec le fils...). Miss Zombie prouve que ce registre éculé du film de zombies peut encore apporter des choses originales.

Miss Zombie

Il serait dommage de ne pas revenir sur le culte Starcrash, projeté à l'Etrange il y a quelques jours en présence de Caroline Munro.

Parmi les nombreux nanars nés de Star Wars, Starcrash est probablement le plus illustre et le plus culte, sortant seulement deux ans après le succès historique de La Guerre des étoiles (le tournage a même commencé seulement quelques mois après la sortie de Star Wars). Luigi Cozzi (ici sous son pseudonyme américain Lewis Coates) s’y payait même Caroline Munro (qui était à l’époque la rivale de Raquel Welch), David HasselhoffIl avait l’air parfaitement stupide pour jouer un prince », dit le réalisateur en évoquant son choix de casting), Joe Spinell (qui retrouvera la Munro notamment dans Maniac) et même Christopher Plummer (après tout il y avait bien Max Von Sydow dans Flash Gordon). Tout est tellement kitsch que ça vire parfois à l'abstraction (notamment les batailles spatiales, nombreuses, et les explosions finales des maquettes) et que ça en devient même poétique, sur la belle musique de John Barry (qui a composé le score sans avoir vu le film, après le désistement d'Ennio Morricone).

Starcrash est bourré de charme, faut dire que Caroline Munro s'y ballade en petite tenue du début à la fin, Stella Star affichant un hallucinant décolleté plongeant qui rivalise avec celui de Rhona Mitra dans Beowulf. Les explications abracadabrantesques d’Akton (Marjoe Gortner, un ancien prédicateur itinérant devenu piètre acteur) sont à mourir de rire (surtout avec sa tronche ringarde et son air ahuri), tout comme le robot Elias, un personnage génial (il affirme ne pas connaitre l’humour mais lancera quand même plein de vannes bidons) et séducteur (à Stella Star : « Vous me feriez presque regretter d'être un robot ») qui en devient même très attachant. Et comment ne pas évoquer David Hasselhoff en prince à papa, Christopher Plummer en gentil Roi de la Galaxie (avec ses mimiques too much et son discours final « tout est bien, c’est cool maintenant ») et Joe Spinell en grand méchant qui veut conquérir le monde en faisant des grands gestes et en riant très fort et à répétition comme le font tous les grands méchants qui veulent conquérir le monde. Il y a beaucoup d’humour dans les personnages, le récit n’a ni queue ni tête (ils viennent faire quoi déjà, sur la planète des amazones ?) et les dialogues pourraient être ceux d’enfants de 7 ans qui jouent à la science-fiction.

Cinéphile, Luigi Cozzi prouvait avec Starcrash son amour des vieux films de monstre, des sérials des années 40 et de la science-fiction des années 50 et début 60 (cf. les golem-robots, les visites des différentes planètes, le look d'Elias évoquant Planète Interdite, et surtout le "truc" géant, hommage à Ray Harryhausen). Pour le coup ça fait même très BD, comme le tout aussi culte Flash Gordon de Mike Hodges, qui était cependant bien plus friqué. C'est rempli d'effets spéciaux cheap (mais on sent paradoxalement un gros travail sur les maquettes), de sous-entendus sexuels rigolards (Stella Star se tapera-t-elle Elias, sachant que sous le costume du robot se cache le vrai mari de l’actrice ?) et d’idées saugrenues (les hommes préhistoriques incluant Salvatore Baccaro ??) qui contribuent, comme la fabuleuse VF (et notamment le doubleur français de Sean Connery pour le grand méchant), à faire le charme de ce choc des étoiles, dont la fantaisie fauchée mais généreuse est pleinement assumée. Il y a beaucoup de choses à raconter en sortant d'un tel film, véritable voyage dans l'univers du nanar galactique. Dans Starcrash, le ridicule ne tue pas, il rend heureux. C'est presque magique et féérique !

Starcrash ayant rapporté beaucoup d’argent (il marque une étape aussi importante que régressive dans le cinéma bis italien), la Cannon s’empare de Luigi Cozzi pour qu’il réalise un (puis deux) Hercule avec Lou Ferrigno, tandis qu’un Starcrash II sera torché sans Cozzi, avec des scènes érotiques en plus (faut dire que ça manque, ici). Fan de Starcrash, David Hasselhoff avait même projetté d’en produire un remake.

Starcrash

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