L'Etrange Festival : Jour 3

Publié il y a 3 ans par Jonathan C.

Munro, Beswick, De Van et Dupontel

Grâce à Caroline Munro et à Martine Beswick, ce samedi à l’Etrange Festival fut nostalgique. Caroline Munro est d’abord venue présenter Le Voyage fantastique de Sinbad. Deuxième opus de la célèbre trilogie Sinbad de Ray Harryhausen, entre Le Septième Voyage de Sinbad et Sinbad et l'oeil du tigre, ce Le Voyage fantastique de Sinbad est uncélèbre film d’aventures qui émerveille la rétine avec les créatures de Ray Harryhausen (qui avait pour habitude de voler la vedette aux cinéastes), ses couleurs en dynamation, sa mise en scène virtuose lorsqu’elle tourne entièrement autour des effets spéciaux (par contre hors SFX, c'est très plan-plan, le cinéaste Gordon Hessler étant avant tout un réalisateur de télévision), et ses morceaux de bravoure toujours aussi palpitants (en particulier dans la dernière partie, qui enchaine le combat contre Khali, le duel entre le centaure et le griffon, l’affrontement contre le centaure ou le duel contre le méchant invisible…), le tout sur la musique épique de Miklos Rozsa. Malgré le talent de Ray Harryhausen, la plus belle des créatures ici reste Caroline Munro, superbe potiche au décolleté vertigineux, fantasme en chair et bien en forme(s) qui aura marqué des générations de spectateurs. Entre elle et le méchant cabotin, le héros Sinbad (John Phillip Law) semble bien fade. Reste qu’on s’ennuie un peu lorsqu’il n’y a ni Caroline ni les créatures de Ray à l’écran.

Martine Beswick est venue plus longuement parler de Dr. Jekyll et Sister Hyde, qui fut également projeté (dans une copie 35mm rare). Il s’agit d’un des fleurons de la Hammer (qui, en 1971, était alors en perte de vitesse), une relecture à la fois opportuniste, originale et pertinente de l’histoire imaginée par Robert Louis Stevenson et dont il y a eu de nombreuses adaptations. En effet, l’idée (très bis à la base) de faire du double du docteur une superbe nana rajoute un sous-texte ambigu et une bonne dose de sous-entendus sexuels (comme souvent dans les productions de la Hammer). Passer de Ralph Bates à Martine Beswick (ce « tandem » est une très bonne idée de casting) a quelque chose de jouissif et en même temps de dérangeant. Malgré ses touches d’érotisme (Martine topless !) et ses effusions sanglantes, Dr. Jekyll et Sister Hyde est une variation intelligente et intéressante, qui emprunte également au mythe de Jack L’Eventreur. Le film séduit aussi pour son esthétique baroque, la mise en scène inspirée de Roy Ward Baker (un des meilleurs artisans de la Hammer), son atmosphère noire, sa bande-son intense (ça ressemble parfois à du John Barry), son humour caustique, ses audaces stylistiques et ses décors inquiétants (les rues nocturnes et embrumées). La discussion avec Martine Beswick est à venir sur SFU.

Sister Hyde Martine Beswick

Caroline Munro est ensuite revenue pour la projection du classique Maniac, après quoi les spectateurs ont pu longuement discuter avec l’actrice (qui leur demandait entre autre comment était le remake). Lire la critique de Maniac

 

9 mois ferme


Avec Neuf Mois Ferme on ne savait pas vraiment à quoi s'attendre, avouons même que nous y allions avec certains préjugés pas forcément en faveur de ce dernier. Et pourtant, le film d'Albert Dupontel se place finalement en tête des meilleurs films de cette année 2013 !

Ariane Felder est enceinte ! C'est d'autant plus surprenant que c'est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est que d'après les tests de paternité, le père de l'enfant n'est autre que Bob, un criminel poursuivi pour une atroce agression ! Ariane, qui ne se souvient de rien, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l'attend.

Dès la première seconde de film, Dupontel met les points sur les I en commençant par un remarquable plan-séquence que n'aurait pas renié Martin Scorsese. Dès lors, on comprend qu'on n’est pas dans les habituels « téléfilms français », mais dans du vrai cinéma. Mais sans vouloir en rajouter des caisses, Dupontel ne fait pas que mettre en image quelques jolis plans, non, dans ce film on pourrait même dire qu'il y a une idée de mise en scène à la seconde. Tout semble justifié, et par moment il se passe tellement de choses à l'écran qu'il apparaît impossible en une seule vision de pouvoir capter chaque subtilité introduite à l'écran. Le réalisateur/acteur joue complètement avec le spectateur, à l'exemple d'un faux journal télévisé. Alors que quelques-uns riront du caméo de Jean Dujardin, d'autres s'amuseront d'un témoignage ou encore de textes apparaissant à l'écran. Le film oscille aussi parfaitement entre humour (particulièrement noir et cartoon, à la Dupontel) et ton plus dramatique et particulièrement touchant. Pas que cela soit nouveau chez Dupontel, mais il trouve ici comme une sorte d'équilibre parfait, tout semble arriver avec une justesse incroyable. Ainsi, on peut se trouver touché par une scène qu'on qualifierait de poétique, pour juste derrière se marrer comme un bossu.

Pour le reste, si Dupontel joue parfaitement les marginaux (mais sur ce point, ce n'est finalement pas une surprise), c'est Sandrine Kiberlain qui nous étonne, d'une part en ayant peut-être exécuté ici sa meilleure performance d'actrice, mais aussi en allant dans un registre là ou on ne l'attendait pas. Nicolas Marié, lui aussi, offrira une prestation quelque peu marquante. Alors oui, Albert Dupontel signe peut-être ici son meilleur film, vois même ce que j'oserais presque qualifier de chef-d'oeuvre, certes le recul manque peut-être à cette réaction, mais il apparaît clairement que passé à côté de Neuf Mois Ferme serait une grave erreur, qu'il est question ici du meilleur film français de l'année et que ce dernier est dans la top liste des films marquants de 2013. Chapeau l'artiste !

(Avis de Richard B)

 

En même temps que le nouveau film d'Albert Dupontel fut projeté, aussi en avant-première, le nouveau film d'un autre électron libre du cinéma français. Révélée devant la caméra de François Ozon, par des courts métrages remarqués et surtout avec son premier long-métrage (le fascinant et dérangeant Dans ma Peau), l’atypique Marina de Van avait connu un échec critique et public avec son deuxième film, le pourtant intéressant Ne te retourne pas avec Monica Bellucci et Sophie Marceau. Elle revient là ou on ne l'attendait pas avec Dark Touch, un film d’épouvante à priori tout ce qu’il y a de plus banal (une maison hantée ? un enfant maléfique ? un mystérieux trauma ?) qui se révèle au contraire d’une impressionnante audace. Pas du genre à jouer les yes-(wo)man comme nombre de réalisateurs français partis bosser à l'étranger, Marina de Van déjoue les codes du genre (et pour cause : la réalisatrice n’est absolument pas une cinéphile) et revient à un cinéma d’horreur psychologique cruel et éprouvant, se situant quelque part entre le Carrie de Brian De Palma, les films de Jack Clayton (notamment Chaque soir à 9 heures) et le The Secret de Pascal Laugier.

 

Au-delà des scènes glaciales d’effroi (la mort des parents est particulièrement corsée) et de son atmosphère oppressante (le générique de début pose le ton), Dark Touch intrigue jusqu’à révéler son vrai sujet : la responsabilité des parents, les conséquences de l’éducation, les pulsions destructrices, l’influence de l’environnement familial et les enfants maltraités (ça inclue la pédophilie), thèmes d’ailleurs abordés dans un autre film programmé à l’Etrange cette année, le superbe Found. Si Marina de Van fait passer cette thématique casse-gueule avec une réelle subtilité et une sensibilité concernée, bien aidée aussi par une belle interprétation générale d'acteurs peu connus, elle n’en reste pas moins radicale, notamment dans une conclusion terrassante et malsaine qui devrait faire parler d’elle. Dans un écrin soigné (bande-son envoutante, superbe photo…), la réalisatrice torturée parvient à imposer son style et son univers dans un genre très codifié. Surprenant et déroutant.

(Avis de Jonathan C)


Dark Touch

POUR Frankenstein's Army : Encore un found-footage, oui. Mais le pitch de celui-ci est franchement original et emballant : vers la fin de la Seconde Guerre Mondiale (fallait déjà oser faire un found-footage se situant en 1945, on ne croit d'ailleurs pas une seconde à l'argument de la caméra mais ça n'a aucune importance), des soldats russes découvrent les créatures meurtrières fabriquées par un scientifique nazi fou (Karel Roden, très remarqué dans Hellboy, Blade 2, Esther ou Abandonnée).

Malgré son pitch de série Z façon nazixploitation, le réalisateur néerlandais adopte le ton du premier degré, à l’inverse d’un Iron Sky plus cynique. D’abord ennuyeux, Frankenstein's Army révèle son intérêt et devient donc captivant lorsque les monstres font leur apparition. Comme sorties d’un jeu vidéo, les créatures sont nombreuses, stylées et délirantes ; les croiser, les fuir ou leur tirer dessus en caméra subjective donne l’impression d’être dans un shoot’em up live, comme si Doom rencontrait Medal of Honor. Cette dimension vidéoludique est le point fort du film, puisqu’elle rend les scènes d’action et les découvertes macabres aussi jubilatoires que stressantes, quand par exemple les monstres surgissent de toutes parts ou lorsque le personnage se retrouve au cœur du repaire du docteur nazi campé par un Karel Roden en roue libre. Tout ça amène quelques moments hystériques bien fun.

Bon point également pour la prod design (les décors sont sordides à souhait, les maquillages fonctionnent malgré l’esthétique cheap de l’ensemble…) et pour quelques idées bien déviantes (le cerveau mi-nazi mi-communiste). Enfin un found-footage fou et original, surtout grâce à son bestiaire démentiel et inventif, cauchemardesque à souhait.

(Avis de Jonathan C)

CONTRE : lire la critique de Vincent

Frankenstein's Army

 

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  • J'irai prochainement voir ce film même s'il paraît un peu brouillon (scénario, réalisation...etc.). J'espère que le bestiaire est à la hauteur des cauchemars du Dr Frankenstein : les créatures ont l'air particulièrement réussies.
    Électro, le 10 septembre 2013 11:33