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L'Étrange Festival 2012 - Jour 1

Publié il y a 4 ans par Richard B.

Headhunters ouvre le bal !

Bien voilà, c'est ce jeudi soir que Laurence Herszberg (directrice du Forum des Images) et Frédéric Temps (président délégué général de L'Étrange Festival) viennent d'introduire cette dix-huitième édition du festival. Mais se fut à Kenneth Anger, le pape du cinéma américain d’avant-garde, qu'est revenu l'honneur d'ouvrir officiellement les festivités. Kenneth Anger s'est vu attribué une carte blanche et a ainsi sélectionné Le Banni de Howard Hughes, La Garce de King Vidor, Freaks de Tod Browning et Le Voyeur de Michael Powell, que nous évoquerons un peu plus tard...

Pour autant, même si la présentation officielle a bien eu lieu autour de 19h30, les premières séances ont débuté à 18 h, heure à laquelle nous avons découvert The Thompsons de Mitchell Altieri et Phil Flores alias les "Butcher Brothers".

Décidément très influencé par le cinéma américain des années 70, les frères Butcher réalisent avec The Hamiltons puis cette suite titrée The Thompsons (ce sont les mêmes personnages mais qui, en fuite, ont du changer de nom) des thrillers horrifiques hérités des familles monstrueuses de Massacre à la tronçonneuse, La Colline a des yeux, La Dernière maison sur la gauche ou, plus récemment, le diptyque La Maison des 1000 morts/The Devil's rejects de Rob Zombie, qui avait précisément la même démarche (y compris avec ses Halloween) que les frangins bouchers. Mais ces derniers sont loin d’avoir le talent du Zombie.

Malgré le mélange des genres et l’improbable pitch digne d’un Twilight (deux familles de vampires s’affrontent, avec au milieu une romance à la Roméo & Juliette), The Thompsons est terriblement ennuyeux, prétentieux et timide. L’un des personnages aura beau adresser une pique à Twilight, la crétinerie de certaines scènes de The Thompsons se rapprochent fortement des adaptations de Stephenie Meyer, notamment dans son dénouement neuneu. Film de vampires oblige (bien que les vampires en question ne suivent pas toutes les caractéristiques du mythe, ils ne craignent par exemple ni le soleil ni les crucifix), The Thompsons se doit de comporter un minimum de sang et de sexe ; il y a bien quelques paires de seins et une poignée de plans gores aux effets spéciaux moyens (et ça suffit le sang numérique !) quand ce n’est pas du hors-champs, mais on en voit bien plus dans un épisode de True Blood !

C’est justement à un épisode de série télé que fait penser The Thompsons, sans aucune folie ni inspiration dans la mise en scène, conventionnelle, parvenant même à rendre ennuyeux les rares affrontements entre les vampires. Des vampires par ailleurs particulièrement mal interprétés par des acteurs sans charisme, si l’on excepte Daniel O'Meara (John Carter, Le Sang des templiers) dans le rôle du patriarche de la famille adverse et l’affolante Elizabeth Henstridge, mélange torride entre Rachel McAdams et Keira Knightley. Le tout se prend très au sérieux et se noie dans une voix off encombrante dissertant sur la condition du vampire, dont la morale sera : « on est pas tous des méchants ».
Si les premières minutes font illusion, promettant une ballade crépusculaire et westernienne sous l’influence des Frontières de l'aube (le carnage dans le bar semble être un clin d’œil évident), on en vient à souhaiter revoir le chef d’œuvre de Kathryn Bigelow plutôt que de continuer ce thriller aussi grotesque qu’inoffensif, ni fun ni sensuel (malgré Elizabeth Henstridge). (Avis sur The Thompsons écrit par Jonathan C).

The Thompsons

Deux courts métrages atypiques étaient présentés avant le film d'ouverture : Cornée de Stéphane Blanquet et Wrong Cops de Quentin Dupieux. Le premier, qui fait dans le surréalisme et semble d'ailleurs adresser un clin d’œil (c'est le cas de le dire) au Chien andalou de Luis Buñuel, est incompréhensible mais envoutant. Le second (qui avait été présenté au festival de Cannes) est très drôle, mais il faut accrocher au style iconoclaste de Quentin Dupieux alias Mr. Oizo, qui se paie le luxe d'avoir dans son film Marilyn Manson (méconnaissable car au naturel), parfait en ado attardé passionné de techno (parce que c'est "cool"), et la culte Grace Zabriskie. Quand au personnage du flic emmerdeur Duke, on le retrouve dans le délirant Wrong (actuellement à l'affiche) du même réalisateur ainsi que dans son prochain film, qui sera justement la suite de ce court métrage (qui se termine par "To be continued..."). (Avis sur les courts métrages écrit par Jonathan C)

Le film d'ouverture a donc été Headhunters (Hodejegerne) de Morten Tyldum. Film dans lequel un chasseur de têtes pour une grande société prend le risque d'acquérir un tableau d'une très grande valeur et dont l’actuel propriétaire est un ancien mercenaire spécialiste en gadgets, particulièrement ceux qui permettent de tracer une proie...

Headhunters est une véritable surprise, mais surtout un thriller aussi froid que parfaitement construit. Ce film de nationalité germano-norvégienne mélange avec une habilité magistrale et une souplesse déconcertante humour, émotion, angoisse, espionnage, action et suspense, le tout dans une histoire originale, prenante de bout en bout et dans le genre plutôt malsaine. Le métrage  de Morten Tyldum commence classiquement voire même plutôt mollement, mais c'est aussi certainement ce qui contribue à nous surprendre encore plus par la suite. La distribution n'est pas en reste, Aksel Hennie interprète un bonhomme de 1m68 d'apparence sûr de lui, mais ne manquant pas de complexité, Nikolaj Coster-Waldau sera l'atout charme masculin et vaut bien 100 Robert Pattinson à lui-seul, et ma foi Julie R. Ølgaard n'est pas loin de représenter l'idéal de la femme parfaite. Si la demoiselle fait un détour sur Paris, qu'elle n’hésite pas à me rendre visite. On se fera par contre la réflexion que Trond Bjerknes et Jeppe Kaas, les deux compositeurs qui ont signé la musique du film, devaient particulièrement apprécier le travail de Hans Zimmer sur la trilogie des Batman de Christopher Nolan tant celle-ci en reprend parfois des intonations.

Bien qu'il s'agisse aussi d'un film noir nordique, Headhunters n'a absolument rien à voir avec la saga Millénium et se prend beaucoup moins au sérieux. S'il débute comme un film de casse cool et classe (même si l'imagerie glamour est égratignée), à se demander si on ne va pas voir un Thomas Crown norvégien (le héros gentleman cambrioleur et son complice rigolo tentent de voler un tableau d'une valeur inestimable), Headhunters révèle ensuite une trame typique du film noir, celle du pauvre type broyé dans un engrenage délirant car embarqué dans une affaire improbable, un cauchemar en live flirtant constamment avec les frontières du grotesque, le héros se retrouvant noyé dans la merde (littéralement !). Tout ça parce que c'est un pauvre con. En y ajoutant un humour à froid et des scènes saisissantes à la fois drôles et tendues (la poursuite au chalet, le camion...), la traque d'Headhunters convoque les frères Coen et David Mamet pour un résultat réjouissant.

Headhunters a obtenu le prix du jury au Festival International du Film Policier de Beaune. Il est aussi sorti dans une multitude de pays dont la Belgique (le 25 juillet dernier) et on ne peut que s'étonner - au regard de la très grande qualité du film - de s'apercevoir que ce dernier n'a non seulement pas de date de sortie en Fance, mais pourrait très bien arriver directement chez nous en DVD alors que des rumeurs circulent déjà autour d'un remake américain (les droits sont déjà achetés). Le film est rediffusé à l'Etrange Festival le 8 septembre prochain, nous ne pouvons que vous recommander d'y courir ! Oui, Headhunters c'est incontestablement du bon, même de l'excellence !

Headhunters

Terminons la journée avec la première des Pépites de l'Etrange du festival, car elle mérite le détour. Epuisée en VHS et jamais éditée en dvd, c’est une véritable rareté que propose là L’Etrange Festival : un Assaut canadien ! A Halifax, en Nouvelle-Ecosse pendant des émeutes, des membres d’une organisation paramilitaire font irruption dans un bar homosexuel pour semer la terreur, mais l’intimidation tourne au carnage, duquel s’échappe un survivant qui vient alors se réfugier chez de braves habitants. Bien décidés à éliminer le dernier témoin (c’était la tagline du film : « Témoin d’un massacre, la meute veut sa peau »), les miliciens beaufs et homophobes font appel à un tueur professionnel (sosie de Ciarán Hinds) et assiègent l’appartement.

Produit en 1983, Siège (Self Defense en VO) s’inscrit dans la continuité des thrillers sombres, âpres et secs des années 70, dans un style épuré qui créer une effrayante distance, plaçant le spectateur en témoin invisible et impuissant (même devant la stupidité de certains protagonistes). Les personnages sont antihéroïques, ce sont des gens lambda et inintéressants emportés dans le tourbillon de la violence ; en ce sens, Siège renvoie aux premiers films de Wes Craven, sans la réflexion sur la sauvagerie humaine. Se déroulant sur une nuit (comme Assaut, Halloween, Dément…), Siège est un survival urbain glacial, oppressant, sordide, tendu du début à la fin comme l’était le chef d’œuvre de John Carpenter. Même la musique eighties épurée, obsédante et crispante renvoie à du Carpenter. Siège raconte plus une idée, un concept, plutôt qu’une histoire aux personnages approfondis. La pirouette finale vient y rajouter une dimension politique.

Siège serait donc précisément un mélange improbable entre Assaut, Cruising et…MacGyver ! En effet, les braves gens assiégés et désarmés sont forcés de redoubler d’inventivité pour repousser leurs assaillants surarmés, pour des résultats tantôt jouissifs tantôt cheap (ou les deux). En dépit d’acteurs limités (en particulier les « gentils », à tarter), de réactions sans grande logique et d’une déco pauvre plongée dans la pénombre (budget limité oblige), Siège est saisissant, simple et efficace, tenant en grande partie sur le fil d’une mise en scène brillante presque au niveau du Assaut de Carpenter, sans l’iconographie du héros westernien et des assaillants fantomatiques. Malgré cette excellente série B d’artisan qui a aussi probablement inspiré le Nid de guêpes de Florent-Emilio Siri, le réalisateur Paul Donovan n’aura pas eu la reconnaissance qu’il méritait (malgré sa série LEXX en 1997).

Malgré ses Prix de la Critique et du Meilleur scénario au Festival International du Film Fantastique de Paris, Siège sort discrètement chez nous en 1984 puis sombre peu à peu dans l’oubli. Merci à l’Etrange Festival de l’avoir ressorti du placard (et dans une superbe copie). (Avis sur Siege écrit par Jonathan C).

Siège

 

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