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Un samedi à l'Etrange Festival

Publié il y a 5 ans par Jonathan C.

bilan de la deuxième journée

Première curiosité dévoilée parmi les « pépites de l’étrange », The Thief (de Russell Rouse), connu (ou pas) chez nous sous le titre L'espion, est un film noir des années 50 à priori tout ce qu’il y a de plus banal sur le papier (une intrigue typique du film d’espionnage de l’époque : à New York, un scientifique américain est traqué pour avoir vendu des microfilms top secret à une multinationale étrangère) mais qui a la particularité de ne contenir aucune ligne de dialogues pendant 90 minutes. Ce n’est pas pour autant un film muet, puisque le traitement sonore a une grande importance (l’incroyable poursuite entre les deux hommes dans les escaliers de l’Empire State Building se repose entièrement sur les sons, et le récit est hanté par des coups de téléphone), comme la fabuleuse musique d’Herschel Burke Gilbert qui souligne efficacement l’action et les états d’âme de l’anti-héros incarné par Ray Milland. Considéré comme un second couteau du cinéma américain (ce qu’il était dans les années 30) alors qu’il a eu de nombreux premiers rôles dés les années 40, dans des films méconnus mais aussi dans des classiques (Le Crime était presque parfait, Espion sur la tamise, La Fille sur la balançoire...), l’acteur est ici fantastique ici dans l’expression de tout ce qu’il ne peut pas dire (et n’a pas besoin de dire) : conscience torturée, paranoïa, panique, fascination (cf. la femme de l'hôtel)...L’intrigue a moins d’importance que le personnage, mais le suspense fonctionne, parfois comme dans un bon Hitchcock (on pense d'ailleurs beaucoup au Rideau déchiré, qui sort 15 ans après). Libérée des contraintes techniques liées à l’enregistrement des dialogues, le bon artisan Russell Rouse (scénariste du Mort à l’arrivée de Rudolph Maté et réalisateur de quelques intéressantes séries B) se lâche totalement dans sa mise en scène, accouchant de plans vertigineux (travellings acrobatiques, plans-séquences, angles de prise de vue casse-gueule…) dans un découpage brillant (la poursuite dans l’Empire State Building ou la planque dans l’hôtel témoignent d’une remarquable gestion de l’espace et du temps). The Thief est d’une sophistication surprenante pour un film de 1952. Ce polar fiévreux laisse aussi entrevoir quelques éclairs de violence (l'homme tué sur l'Empire State Building), une étonnante violence psychologique et même des séquences sulfureuses avec la mystérieuse femme de l'hôtel. Sans prise de son et parfois en caméra portée, le tournage en décors naturels est facilité puis amplifié (que ce soit dans les rues, dans le métro, dans une chambre ou même au sommet de l’Empire State Building) et instaure un rythme d’urgence, préfigurant en ce sens la Nouvelle Vague française. Le procédé, unique pour l’époque, fut un suicide commercial (alors que le film a été largement vendu là-dessus) et The Thief est tombé dans l’oubli (comme le cinéaste) malgré son audace. Plus qu’un simple exercice de style, The Thief rappelle que le cinéma c’est avant tout raconter une histoire avec des images plus qu’avec des mots.

The Thief

Découvrons enfin, en présence de l'équipe du film (qui était le jour-même en séance de dédicaces à Movies 2000), le très attendu The Theatre Bizarre, film à sketchs indépendant coproduit par Metaluna Productions et réalisé par une poignée d’auteurs atypiques plus ou moins connus. Entre délires mystiques et faits divers macabres, The Theatre Bizarre évoque des films à sketchs horrifiques comme Creepshow ou 3 extrêmes, ainsi que les séries des Masters of Horror et des Contes de la crypte.

Mais les fantasticophiles risquent d’être déçus, dans le sens ou il n’y a qu’un seul des 7 sketchs du Theatre Bizarre qui soit réellement fantastique (le Mother of Toads de Richard Stanley, conte macabre poétique et pur film d’atmosphère dans lequel une femme-crapaud sortie du Necronomicon harcèle un couple de touristes), même si chacun d’entre eux est horrifique à sa façon, qu’il soit trash ou gore. D’un autre côté, il n’a jamais été revendiqué que le Theatre Bizarre ne fasse que dans le fantastique. Si le thème commun semble être la rupture (conjugale ou autre, forcée ou non), l’ensemble manque cependant de cohérence et de cohésion, en dépit des transitions (très brouillonnes) avec le Monsieur Loyal Udo Kier (« marionnettisé ») et d’une volonté de respecter « l’art du Grand Guignol » (ce que ne font pas tous les segments). Paradoxalement, deux des segments racontent exactement la même chose (un homme et une femme discutent de leur séparation, c’est la femme qui veut quitter l’homme, ce dernier est effondré, le récit est parsemé de souvenirs du couple…même finalité tragique également, et forcément horrifique, dans les deux segments) mais pas de la même façon : minimaliste et bergmanienne dans le I love you de Buddy Giovinazzo, excessive et pop (et très axé sur les corps qui engloutissent de la nourriture) dans le Sweets de David Gregory. Avec l’envoutant The Accident, Douglas Buck réalise un très beau film mélancolique dans lequel une petite fille découvre ce qu’est la mort, mais son sketch sonne un peu hors sujet dans le lot, alors qu’il est le plus touchant et formellement le plus appliqué. Avec son onirico-érotique Wet Dreams, le plus savoureux et le plus eighties (cf. la musique et la photo) de ce Theatre Bizarre, ce petit coquin de Tom Savini fait dans le rigolard freudien, concocte de nouveau du gore délirant, invite une Debbie Rochon aux penchants sadique, s’offre un rôle très drôle de psy cynique et construit un récit absurde sans fond (rêve ou réalité ?) se concluant sur une fabuleuse touche de bis (« Now you are in my dream, bitch ! »). Chef opérateur du délirant Hobo With a Shotgun, le canadien Karim Hussain aura plus de mal à accrocher le spectateur avec l’hystérique et difficilement supportable (cf. les gros plans à répétition des piqures dans l’œil, qui accentuent l’influence de Luis Buñuel) Visions Stains, trip sensoriel et expérimental qui ressemble trop à un film d’étudiant rebelle. Comme tout film à sketchs (qui ne sont autre que des compilations de courts métrages), The Theatre Bizarre est inégal, mais affirme des auteurs intéressants (qui sont ici complètement libres) et recèle de fulgurances qui méritent à elles-seules le détour. (Critique et reportage à venir)

Theatre bizarre

Après avoir raté de peu la séance de l’Australien The Clinic, au sujet pour le moins intriguant (une jeune femme enceinte se réveille dans une baignoire de glace et constate qu’on lui a retiré son enfant du ventre), c’est parti pour une nuit Grindhouse forcément azimutée, animée par un Rurik Sallé toujours très drôle dans ses présentations.


La nuit démarre fort avec le déjà culte Hobo With a Shotgun, nouveau délire grindhouse transformé en long métrage à partir de sa bande-annonce issue de chez Planète terreur/Boulevard de la mort. Exactement comme pour Machete, sauf que l’exercice est bien plus enthousiasmant cette fois, le film de Robert Rodriguez étant, bien que savoureux, trop sage et surtout trop long. Remarqué pour son hilarant court métrage des sapins tueurs, Jason Eisener réalise avec Hobo With a Shotgun une série B délicieusement foutraque (mais cohérente) et furieuse jusqu’à l’hystérie, s’imposant comme un monument de violence gratuite et de complaisance (la violence est ici érigée en spectacle, elle devient un show) ou l’on ne compte plus les mises à mort délirantes et les punch-lines agressives, dans un style brut très rentre-dedans qui n'empêche pas les débordements graphiques et autres excès visuels pas vraiment agréables à l'œil mais toujours très funs. Le film devient carrément jouissif et cathartique lorsque Rutger Hauer s'empare d'un fusil à pompes pour aller trucider tout les criminels et autres vermines de la ville, punch-lines à l'appui. Irrévérencieux, méchant (les enfants ne sont pas épargnés) et jusqu'au-boutiste (en tout cas bien plus qu’un Machete) à l’image d’un Bitch Slap, cet Hobo With a Shotgun évoque clairement les années 80, tant dans le traitement de la lumière (des séquences entières se déroulent dans des teintes totalement saturées) que dans la bande-son (des sonorités Carpenteriennes au titre FM eighties du générique de fin en passant par l’utilisation d’un morceau de L'Alpagueur avec Belmondo), renvoyant aux bis ritals (le tournage à l’arrache, les gros plans sur les tronches, la vision urbaine chaotique d’une ville gangrénée par le crime…), aux productions Troma ou à des films cultes comme Street Trash ou Class 84. Dans ce joyeux bordel trash et craspec, bain de sang ou le mauvais goût est roi, l’impérial et toujours digne Rutger Hauer parvient à créer l’émotion avec son personnage de valeureux clochard aussi idéaliste qu'expéditif (du moins lorsqu'il décide de ne plus être qu'un des nombreux témoins passifs ou victimes de la violence dans sa ville) et dont le rêve est de se payer une tondeuse à gazon. Cet homme sans nom des rues se met malgré lui à faire régner la justice dans les rues à coups de fusil à pompe et s’entiche d’une gentille prostituée (leur relation est presque touchante de naïveté). Il s'oppose aux gangsters qui contrôlent la ville, des bad guys outrancièrement géniaux (mention spéciale aux deux frères sosies de Tom Cruise dans Risky business) ; un affrontement qui prend des proportions démesurés (cf. la chasse aux SDF) et qui transforme la ville en véritable carnage (encore plus qu'avant). Jason Eisener donne aussi à Rutger Hauer quelques monologues mémorables (l'ours, l'avenir...), à la fois comiques et touchants. Souvent hilarant, ultra-nerveux et plein d’idées folles (un gag déjanté à la minute, des détails sordides à foison...), Hobo With a Shotgun est un régal. La critique de Richard B. est disponible ici.

nuit Grindhouse

Avec ce canadien Tucker & Dale fightent le mal (Tucker & Dale vs Evil), le réalisateur Eli Craig (acteur passé à la réalisation) va s’amuser à renverser les codes des slashers rednecks et des survivals en cambrousse. Tucker et Dale sont deux braves bouseux qui vont passer malgré eux pour de terribles monstres sanguinaires, du moins aux yeux d’une bande de jeunes étudiants qui ont trop vu de films d’horreur. Le point fort de cette comédie noire rocambolesque est l’alternance entre les deux points de vue, celui des étudiants paranoïaques et celui des deux rednecks naïfs, puis cette inversion des rôles : les étudiants censés être des victimes traquent les deux pauvres péquenauds qui ne comprennent rien à rien, et le leader des jeunes devient l’équivalent d’un boogeyman. La bombe de service (Katrina Bowden) s’entiche d’un des deux paysans. Le réalisateur joue ainsi essentiellement sur les clichés (tous les poncifs du slasher/survival y passent), les préjugés et les quiproquos. Les morts accidentelles (qui passent pour des crimes effroyables), qui nous valent quelques élans sanglants, sont particulièrement drôles, tout comme les deux gentils bouseux campés par Tyler Labine (en ce moment à l’affiche de La Planète des singes : les origines) et Alan Tudyk (récemment à l’affiche de Transformers 3). L’ensemble reste très sage et plutôt bon enfant, et le concept s'use sur la fin. Mais on rit de bon cœur et l’idée est excellente (il suffisait d’y penser).

Plus atypique, cinéma norvégien oblige (on se souvient toujours des très funs The Troll Hunter et Dead Snow), cet improbable Norwegian Ninja s’inspire d’un fait réel et le tourne à la sauce Ninja Hamburger (les films de ninjas américains des années 80, produits en grande partie par la Cannon). Le film de Thomas Cappelen Malling imagine l’existence d’une troupe d’élite de soldats ninjas agissant pour le compte du gouvernement norvégien pendant la guerre froide. Le superbe travail sur l’image et sur la « reconstitution » d’un film old school (ici la série Z eighties : trucages voyants, faux raccords, stockshots, maquettes rudimentaires, musique sommaire, look ringard du héros et du méchant très gay…) fait de Norwegian Nina le OSS 117 norvégien. Cet étrange mélange entre réalité et fiction, entre traitement grindhouse, mélange des genres (comédie pop, kung-fu, espionnage) et faux documentaire (comme si un documentaire était réalisé comme un Ninja Hamburger de la Cannon), ne manque pas de moments délirants, par exemple l’entrainement des ninjas ou les apparitions soudaines du héros dans un nuage de fumée (sans oublier sa façon hilarante de porter une cigarette à sa bouche). Certains plans kitsch sont des gags en eux-mêmes. Le film offre même quelques séquences d'action en roue libre (notamment une baston d'anthologie au sommet d'une montagne). Le concept montre cependant rapidement ses limites (le format court métrage aurait été plus adapté) et l’intrigue est totalement incompréhensible, mais cet OVNI possède un charme fou et un esprit décalé qui fait mouche.

Terminons en beauté avec l’inénarrable 2019, Après la chute de New York, le formidable nanar de Sergio Martino, qui pompe allégrement, comme tout bon bis rital, dans Mad Max, New York 1997, la Planète des Singes ou encore Star Wars. Le genre de film dans lequel le moindre détail prend des proportions démesurées et devient hilarant. Saluons la prise de défense des nains (« Est-ce un crime d’être un nain ? »), ainsi que la judicieuse idée de projeter cette merveille dans son hilarante VF, sans laquelle le film serait moins bien passé à 6 heures du matin.

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